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À quoi pense-t-on dans les écoles d’art ?

Le Journal des Arts - n° 322 - 2 avril 2010

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Trois établissements alimentent la réflexion sur l’expérience de l’art à travers des publications exigeantes.

À l’heure où l’enseignement supérieur et le champ de la recherche sont soumis à de rudes réformes déjà largement engagées, dans les organismes publics, à l’Université, mais aussi dans les écoles d’art (lire le JdA no 319, 19 fév. 2010, p. 6), il est devenu nécessaire pour ces dernières de donner une consistance bien plus formelle à cette dimension sans doute fondatrice, mais souvent diffuse, de la recherche.

Art et recherche font une paire qui mérite d’être réaffirmée, car, à l’évidence, enjeux comme méthode ne sauraient se calquer sur les modèles de la recherche appliquée, ni sur ceux des sciences « dures » ou humaines. Des publications récentes montrent cependant qu’écoles et enseignants savent produire des travaux pertinents, en associant des études individuelles selon des programmes ambitieux et construits.

Malgré la fragilité des structures dédiées à ces recherches (ne disposant pas de laboratoires constitués), celles-ci ont jusque-là bénéficié du soutien de la tutelle ministérielle, fût-elle immanquablement jugée insuffisante.

Cinéma d’exposition…
À Rennes, grâce à un partenariat entre l’école régionale des beaux-arts, l’université Rennes-II et le FRAC [Fonds régional d’art contemporain] Bretagne, c’est une publication semestrielle qui porte avec rigueur depuis 1996 l’engagement de deux enseignants, Roselyne Marsaud Perrodin et François Perrodin.

Si la théorie esthétique y est centrale, les sommaires relèvent de questions propres à l’abstraction comme à la réalité concrète du travail artistique, touchant à la fois aux fondements des pratiques des artistes et aux conditions de leur diffusion dans (et hors) les institutions culturelles.

La question de l’image et de ses statuts y a aussi sa place, en particulier dans le numéro actuel, qui interroge très justement le cinéma d’exposition. Sur un mode distinct de la forme périodique, qui entretient les questionnements sur le long cours, deux ouvrages collectifs récents sont concentrés sur des questions différentes : les relations entre arts et développement technologique d’un côté, la dimension expérimentale de l’expérience de l’art de l’autre côté. Ils conduisent cependant à réfléchir – et en cela intéressent tout lecteur concerné par l’art contemporain – sur la nature de la création contemporaine, son horizon cognitif (et plus encore gnoséologique).

Sous la direction de Samuel Bianchini, artiste et enseignant-chercheur rattaché à plusieurs institutions, le volume Recherche & Création porté par l’école nationale supérieure d’art (ensa) de Nancy s’intéresse au croisement entre création et technologies informatiques et électroniques, et particulièrement à la dimension de l’interactivité qu’elles permettent.

Le sommaire réunit une dizaine d’auteurs, acteurs expérimentés à l’instar de Jean-Louis Boissier, autour de projets et de questions touchant aux processus de travail chez l’artiste. La temporalité en temps séparés (écriture puis réalisation pour les arts allographiques que sont les arts technologiques, par différence avec la peinture où les deux phases sont simultanées) ; le rôle de la machine ; l’aspect partagé et collectif des processus de création et des compétences, déterminent des processus qui, à condition d’éviter « l’argument technique pour lui-même et autres effets tautologiques promus par le «toujours plus» du système marketo-technologique actuel »

(S. Bianchini, p. 36), permettent de ne rien perdre des enjeux esthétiques et artistiques. L’ensemble de ces facteurs contribuent à inventer des règles de socialité autour des œuvres d’art : les formes issues des pratiques réunies ici, revendiquant volontiers l’interdisciplinarité, touchent à l’image comme au sonore, à la performance, au dispositif voire à la scénographie. Notons tout de même que ces pages laissent peu de place à une remise en question du credo techno-progressiste.

…et cinéma expérimental
L’expérimentation qu’In actu tente de cerner est un objet incertain, et revendiqué tel par les quatre auteurs qui ont porté cette recherche. La trentaine de signatures réunies pour ce sommaire – composé là encore au gré d’un programme de recherche d’école (Annecy) – travaillent à déplacer la commodité rhétorique, la fausse évidence d’un art reçu comme inventeur, explorateur, novateur, découvreur, jouet commode de l’histoire (mais aussi de la pédagogie) de l’art.

Qu’est-ce qui pourrait en effet, au-delà du mythe de la nouveauté, relever de l’expérimentation dans l’art ? En philosophes, sociologues, artistes, en théoriciens et en praticiens, en musiciens ou en historiens, les auteurs tracent les contours d’une dimension fragile, qui s’adosse à l’expérience de l’art telle qu’elle a pu être définie dans la tradition pragmatique. Si l’expérimentation relève de la pratique de la science, elle a été revendiquée par exemple par le cinéma, quand il se dit « expérimental ». Expérimenter en art ne pourra se ramener à son équivalent en science, attaché à l’objectivité sinon à la vérité.

« Ce que la science expérimentale permet comme rapport au réel, l’art expérimental l’accomplit dans le rapport à la vie » (David Zerbib, p. 41), par « analogie » précisera Joseph Mouton (p. 151). Musique, son, cinéma, littérature, design, théâtre, performance, arts des avant-gardes, modernes et contemporains ou encore technologiques, c’est bien « in actu » mais encore in vivo que l’idée expérimentale est suivie dans ces 400 pages fort bienvenues.

Christophe Domino

Pratiques, réflexions sur l’art, no 20, « Les images mouvantes », automne 2009, collectif, coéd. école des beaux-arts de Rennes/Presses universitaires de Rennes, 120 p., 14 euros, ISBN 2-908373-82-3.

Recherche et création, Art, technologie, pédagogie, innovation, collectif sous la direction de Samuel Bianchini, coéd. Burozoïque, Montrouge/Éditions du Parc/ENSA Nancy, 2010, 264 p., 17 euros, ISBN 978-2-917130-11-7.

In actu, De l’expérimental dans l’art, éd. Les Presses du réel, Dijon, collection « Fabula », avec Les Publications des Marquisats, école supérieure d’art de l’agglomération d’Annecy, 2009, 408 p., 24 euros, 978-2-84066-339-3.

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