Art ancien

Granges de Port-Royal

Le peintre et l’abbaye

Philippe de Champaigne revisité

Par Cécile Bouleau · Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 484 mots

Les relations de Champaigne avec Port-Royal sont aujourd’hui évoquées à travers une trentaine de tableaux, ainsi que des ouvrages des Messieurs de Port-Royal et des manuscrits témoignant des relations étroites du peintre avec l’abbaye. Philippe Le Leyzour et Claude Lesné tentent de faire le point sur cette production restreinte, dont il n’est pas toujours évident de déterminer la part du maître et celle de son entourage, mais qui constitue néanmoins une de ses plus belles périodes.

PARIS - Natif de Bruxelles, Philippe de Champaigne (1602-1674) gagne Paris très tôt et connaît un succès rapide. Ce n’est que dans les années 1640 que s’établissent les relations avec Port-Royal. Dès lors, sa vie est intimement liée à celle du monastère.

Les toiles peintes en petit nombre, pour le cercle, se limitent essentiellement aux compositions sacrées et aux portraits, parfois posthumes, des grandes figures de la communauté : religieuses, solitaires, directeurs spirituels. Organisé autour de quatre pôles, l’apport de ce nouvel état de la production port-royaliste de Champaigne sera de faire le point sur les attributions. Car Champaigne a déjà été étudié : expositions en 1952 et 1957, monographie en 1976, placées sous l’autorité de Bernard Dorival.

La main du maître, celle de son neveu Jean-Baptiste et de son atelier ne sont pas toujours évidentes à déceler et, souvent, les pièces ont été multipliées pour figurer à la fois dans le couvent du faubourg Saint-Jacques et dans celui des Champs. De même, leur historique se croise, et le fil en est parfois perdu.

À cet égard, la confrontation de plusieurs versions d’une même composition pourra se révéler éloquente. Ainsi, la Cène de Lyon, que Dorival rejetait comme copie, pourrait être celle de Port-Royal de Paris. Le Bon Pasteur de Tours, reconnu comme Plattemontagne, semble aujourd’hui revenir à Philippe en raison de sa qualité, alors que la version de Tours serait une copie. Pour l’Ecce Homo de Greenville, qui vient en France pour la première fois, et qui sera placé à proximité de la version des Granges, la question de sa paternité demeure posée.

Reste enfin, et avant tout, le plaisir de voir ces œuvres réunies. Le témoignage touchant du métier puissant et réfléchi, la sobriété et l’éloquence d’un art parvenu à sa maturité font revivre cette époque d’intense spiritualité. Les mots du Maître de Sacy n’en sont que plus émouvants : "Il n’y a rien en quoi j’estime plus l’excellence de la peinture que de voir qu’elle empêche que les vivants ne meurent dans leur mort même".

"Philippe de Champaigne et Port-Royal", Musée national des Granges de Port-Royal, vallée de Chevreuse, Magny-les-Hameaux, du 30 avril au 28 août. Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 18h. Catalogue collectif édité par la Réunion des musées nationaux, 208 p., 240 F (Le catalogue comprendra, outre les toiles exposées, une liste exhaustive des ouvrages exécutés pour Port-Royal, dont certains sont perdus mais mentionnés ou connus par la gravure).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Le peintre et l’abbaye

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