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Double casquette

Des collectionneurs galeristes

Le Journal des Arts - n° 320 - 5 mars 2010

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Quelques collectionneurs franchissent le pas en s’associant à des marchands, ou en ouvrant des galeries. Un pari risqué

PARIS - Qu’un galeriste soit aussi collectionneur, la chose est entendue. Il est, en revanche, moins fréquent que les amateurs privés franchissent le Rubicon en ouvrant une galerie. Ils interviennent plutôt par le biais de coproductions de pièces, comme Alexandre Allard et Guillaume Houzé lors de l’exposition de Xavier Veilhan à Versailles en 2009. D’autres s’apparentent à des collectionneurs-marchands, comme Peter Brant ou Charles Saatchi, qui achètent et revendent régulièrement avec une plus-value substantielle à la clé.

Mais avoir pignon sur rue, c’est autre chose. Le collectionneur allemand Thomas Olbricht a ainsi possédé une galerie, baptisée 20.21, à Essen entre 1997 et 2007. Une expérience qui ne fut pas forcément porteuse, ni sur le plan économique ni en termes d’image. « Essen n’est pas la place la plus appropriée pour ouvrir une galerie, confie-t-il. En plus, les gens disaient que, avec la galerie, je ne vendrais que des pièces que je n’aimais pas, ou que je ne voulais plus garder. Ce qui était faux. » Il est vrai que cette double casquette suscite ressentiment et méfiance dans le monde marchand. Claude Fain en avait fait les frais en ouvrant une galerie à Paris, avec son associé Peter Langer de 1987 à 1994.

Bien qu’il ait montré Joseph Beuys ou Bruce Nauman, il ne fut pas accueilli à bras ouverts par ses confrères. L’inauguration avec Gilbert & George ne fut pas non plus du goût de tout le monde. « La réception fut terrible, rappelle l’intéressé. C’était tout juste si on m’adressait la parole. J’entrais dans un monde qui n’était pas le mien, et que j’aurais dû laisser aux professionnels. Le côté commercial ne m’intéressait pas. Ce que j’aimais, c’était faire des découvertes et les présenter. »

Hostilité des marchands
Le milieu n’a en revanche pas crié haro sur l’ouverture, en 2002, de la galerie du collectionneur Jean Brolly, à Paris. Tout simplement parce que celui-ci achetait quasi exclusivement chez Michel Durand-Dessert. Du coup, les autres galeristes n’avaient pas l’impression de perdre un client.

« Il y a eu beaucoup de points d’interrogation, confie pour sa part le collectionneur Stéphane Magnan, cofondateur de la galerie Les Filles du calvaire (Paris). Beaucoup de galeries ont trouvé dommage que, au lieu d’acheter, je commence à vendre. Mais je n’ai pas pour autant arrêté d’acheter. Au contraire, mon regard s’est affiné. » Associé à Alexandre Lazarew dans une nouvelle galerie spécialisée en art urbain, Thierry Froger considère sa nouvelle casquette comme une prolongation de son activité de collectionneur militant. « Je peux me permettre certaines choses comme collectionneur que je ne peux pas, en revanche, en tant que galeriste, admet-il. En tant que galeriste, je dois répondre à des exigences commerciales. J’ai des artistes dans ma collection que je me vois difficilement exposer à la galerie. »

Les motivations de ces amateurs sont rarement d’ordre pécuniaire. Stéphane Magnan avoue avoir mis six à sept ans pour équilibrer ses comptes. « Je crois que je ferais mieux de parler de Fondation Brolly, ironise Jean Brolly. La galerie est le moyen le plus puissant pour diffuser l’art, mais c’est aussi le plus coûteux. Il faut beaucoup de temps avant de créer une clientèle. » Reste à voir si l’action des collectionneurs n’est pas plus profitable aux artistes lorsqu’ils restent sur leur propre terrain, plutôt qu’en ouvrant une galerie de plus.

S’il reste rare que les collectionneurs poussent l’abnégation jusqu’à ouvrir une galerie, certains n’hésitent pas, en revanche, à devenir actionnaire d’une galerie déjà existante. De 1988 à 1992, le collectionneur belge Walter Vanhaerents avait ainsi pris des parts dans une galerie appelée Bruges la Morte. François Pinault avait été actionnaire de la galerie Marbeau, tandis que Bernard Herbo avait brièvement pris 45 % de parts dans la galerie Emmanuel Perrotin (Paris).

Mais certaines accointances finissent mal. Le collectionneur Jean-Pierre Lehmann avait ainsi poursuivi la galerie The Project (New York), à qui il avait prêté 75 000 dollars, pour avoir rompu le contrat qui lui donnait un premier choix sur les œuvres. « Transformer son meilleur client en associé, ce n’est pas l’idéal, estime Emmanuel Perrotin. C’est possible tant que la personne ne veut pas légiférer dans les choix de la galerie, imposer des artistes. Les galeries sont tellement sous-capitalisées en France qu’elles n’ont parfois pas le choix. Mais il faut le faire avec discernement. »

Roxana Azimi

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