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Peinture

Turner entre amis

Pleins feux sur J. M. William Turner

Le Journal des Arts - n° 320 - 5 mars 2010

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Maître de l’école britannique du XIXe siècle, J. M. William Turner fait l’objet d’une exposition magistrale aux Galeries nationales du Grand Palais, à Paris. Puisant son inspiration dans une large palette de peintres européens, ce précurseur de l’impressionnisme se révèle profondément ancré dans la tradition picturale du XVIIIe siècle.

PARIS - Présentée à l’automne dernier à la Tate Britain de Londres, la nouvelle exposition des Galeries nationales du Grand Palais s’intitulait alors « Turner and the Masters ». En traversant la Manche, « Turner et les maîtres » est devenu « Turner et ses peintres », une variation sensible mais pertinente. Car cette étude sur les méthodes de travail de l’un des plus grands peintres britanniques n’a rien à voir avec le « G8 » de la peinture organisé il y a un an dans les mêmes salles du Grand Palais autour de Picasso. Heureux choix, l’intitulé « Turner et ses peintres » traduit avec bien plus de finesse le processus créatif de Joseph Mallord William Turner (1774-1851), qui faisait siens ces peintres qu’il voulait surpasser, du moins égaler.

Resituant le contexte historique et artistique de l’époque, l’étude révèle les méthodes de travail et la conscience commerciale de Turner, artiste tiraillé entre la mode conservatrice, qui ne jurait que par la copie des maîtres, et sa volonté de laisser son empreinte personnelle. Reflétant le bon sens du peintre, l’approche pragmatique (car britannique ?) des commissaires est bien plus enrichissante sur le plan de l’histoire de l’art que la séance psychanalytique, aussi étourdissante fut-elle, d’un Picasso qui voulait tuer le(s) père(s).

Le peintre de la sensation
Pour preuve, la trahison ressentie par Turner lorsque le tout puissant critique John Ruskin avait sans ménagement déclaré qu’il avait « tué » Claude Lorrain. Guillaume Faroult, conservateur au Musée du Louvre et commissaire qui a fait sienne cette étape française de l’exposition, poursuit : « Au sujet de Claude Lorrain, Turner parle de fusion, de mariage, d’union : il voulait faire du “Claude” avec du sentiment. » Artiste du sentiment, de la sensation, Turner est arrivé jusqu’à nous comme un héraut du paysage moderne britannique, un précurseur de l’impressionnisme. Dissimulant difficilement ses origines prolétaires, il était pourtant issu de l’académisme made in England, dont il a gravi chacune des marches à la force du pinceau. Profitant du système méritocratique de la Royal Academy, Turner faisait dans le grand style inspiré des préceptes du XVIIIe pour plaire à la critique et aux collectionneurs, mais il ne perdait jamais de vue la réalité du marché de l’art, alors en plein essor, et s’efforçait de diversifier son talent.

Prenant les maîtres pour des conseillers plutôt que des modèles, il est parvenu à dépasser le complexe d’infériorité dont de nombreux peintres souffraient alors et s’est acharné à trouver l’équilibre entre la tradition (pour plaire aux apôtres du bon goût) et l’innovation (en regardant la nature avec ses propres yeux, en travaillant sur l’atmosphère et l’éclairage). Récoltant autant d’inspirations possibles au fil de ses séjours en France et en Italie, mais aussi dans les collections privées et publiques britanniques, Turner s’imprègne aussi bien de l’idéalisme italien que du naturalisme hollandais et flamand, ou encore du « charme subtil » de Watteau. Il réinterprète l’ensemble en dynamisant la composition, en musclant les couleurs, tout en nourrissant sa touche.

Suivant un fil chronologique, le parcours ténu et jamais redondant reprend chacun de ses modèles en organisant les confrontations attendues. Ainsi, le Paysage avec Jacob, Laban et ses filles de Claude Lorrain et les deux versions customisées par Turner ; l’admirable duel entre l’atmosphère glacée et glaçante de La Tempête de Poussin et la version anglaise, tumultueuse et passionnée ; ou encore les scènes de genres et les vedute vénitiennes, terrains sur lesquels il s’affronte avec ses concurrents directs, Richard Parkes Bonnington et David Wilkie. Si Turner sait que la qualité de ses « sources » garantit le succès d’un tableau, il n’hésite pas à se démarquer par son originalité : ses inspirations hollandaises et flamandes ne sont pas en odeur de sainteté, car considérées comme trop matérialistes – notons d’ailleurs que la peinture allemande est bruyamment absente de cet aréopage ; après tout, Caspar David Friedrich n’était né qu’un an avant Turner.

L’époustouflante Tempête de neige (1842), sur laquelle s’achève le parcours, finit de démontrer que Turner était un peintre de la sensation, un artiste qui a su concilier la forme et le fond. Comme le résume l’historien de l’art David Solkin, il « a façonné un type de peinture de paysage où, non seulement il s’est ingénié à être fidèle aux apparences de la nature, mais où, dans un mouvement réflexif, il explorait aussi la création artistique elle-même. » Et comme il en rêvait, il a fini par devenir un modèle pour les générations d’artistes à venir.

Maureen Marozeau

TURNER

Commissaires : Guillaume Faroult, conservateur au département des Peintures du Musée du Louvre, à Paris ; David Solkin, professeur d’histoire de l’art au Courtauld Institute of Art, à Londres ; Ian Warrell, conservateur à la Tate Britain, à Londres

Œuvres : 96 tableaux, gravures et aquarelles

Scénographie : Didier Blin

Mécénat : Barclays, Fondation Swiss Life

Itinérance : Musée du Prado, à Madrid, en Espagne, du 22 juin au 19 septembre

TURNER ET SES PEINTRES

jusqu’au 24 mai, Galeries nationales du Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, 75008 Paris, tél. 01 44 13 17 17, www.rmn.fr, tlj 9h-22h, mardi 9h-14h, mercredi 10h-22h et jeudi 10h-20h. Catalogue, édition française sous la direction de Guillaume Faroult, éd. RMN, 288 p., 195 ill., 39 euros, ISBN 978-2-7118-5703-6

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