Inédit

Daniel Arasse, Décors italiens de la Renaissance

Une pensée toujours vivante

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2009 - 507 mots

Des articles de l’historien de l’art Daniel Arasse sur des fresques de la Renaissance italienne sont aujourd’hui réunis en un ouvrage

De 1982 à 1989, alors qu’il dirigeait l’Institut français de Florence, l’historien de l’art Daniel Arasse (disparu en 2003) a livré, à travers une série d’articles publiés dans différentes revues, ses réflexions sur de célèbres décors, ou cycles de fresques, de la Renaissance italienne. Difficilement accessibles, voire inédits, ces textes, ainsi qu’un essai datant de 1996 sur le cycle exécuté en 1523 à Fontanellato (près de Parme) par Parmigianino autour de l’histoire d’Actéon, font aujourd’hui l’objet d’une publication commune aux éditions Hazan. Les six articles ont été choisis avec soin par Philippe Morel, professeur d’histoire de l’art moderne et directeur du centre d’histoire de l’art de la Renaissance à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, qui en fait la présentation en introduction. Cette compilation est, selon lui, d’autant plus précieuse que Daniel Arasse n’a jamais publié d’ouvrage spécifique sur les grands décors de la Renaissance italienne.

Nouveau regard
Philippe Morel définit ces écrits comme « un fourmillement d’interrogations percutantes » et « un laboratoire d’idées novatrices, issues d’analyses ponctuelles, relevant pour certaines de réactions à chaud à des publications récentes ». Le premier texte du recueil porte sur le cycle de la Légende de la vraie croix réalisé par Piero della Francesca pour le chœur de l’église San Francesco d’Arezzo (Toscane). Pour offrir une nouvelle lecture de cette œuvre, Arasse propose de dépasser les méthodes de l’iconographie traditionnelle auxquelles ont eu recours jusque-là les historiens d’art, prenant le risque de « ne plus voir l’image ». C’est à cet écart entre le texte et la réalisation picturale qu’il faut s’intéresser, puisque, ici, les choix de « mise en scène » opérés par Piero della Francesca sont au cœur d’un des enjeux fondamentaux de la peinture du quattrocento : « la représentation du mouvement », selon Arasse. Le peintre n’utilise pas la perspective pour aboutir à un effet en trompe-l’œil, mais pour « indiquer ce à quoi il faut croire ».
Outre les cycles de Piero della Francesca et de Parmigianino, Arasse décrypte le cycle des Neuf preux du château de la Manta dans le Piémont, le décor de la chambre des époux peint par Mantegna à Mantoue, le studiolo que Frédéric de Montefeltro fit construire entre 1472 et 1476 pour son palais d’Urbino et la salle de Psyché conçue par Giulio Romano au Palais du Té en 1528. L’iconographie proposée permet de suivre au plus près le cheminement intellectuel de Daniel Arasse qui apporte un nouveau regard sur des œuvres pourtant déjà largement étudiées. Avec ce recueil de textes, Philippe Morel propose de partir sur les traces laissées par Arasse et de rebondir sur les questions essentielles de son œuvre qui, « loin d’être un monument pétrifié de l’historiographie », est une « pensée toujours vivante » et stimulante incitant au débat et à la réflexion.

Daniel Arasse (textes réunis et présentés par Philippe Morel), Décors italiens de la Renaissance, éditions Hazan, Paris, 2009, 288 p., 39 euros, ISBN 978-2-7541-0400-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°313 du 13 novembre 2009, avec le titre suivant : Daniel Arasse, <em>Décors italiens de la Renaissance</em>

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