Versailles

Louis XIV en amateur

Une exposition tente de dissocier le goût personnel du roi de l’ensemble des collections royales

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2009 - 802 mots

VERSAILLES - Le président de l’établissement public de Versailles, l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, l’a fait savoir à l’envi : c’est lui qui a souhaité, dès son arrivée en 2007, monter une grande exposition sur Louis XIV.

L’idée n’était pas absurde, le Roi-Soleil n’ayant jamais fait l’objet d’une présentation spécifique dans le château qui symbolise pourtant son règne. Encore fallait-il trouver un angle novateur. Le choix s’est porté sur « un portrait culturel du roi », destiné à faire émerger le goût de Louis XIV au sein du prolifique mécénat royal. Deux conservateurs du château ont donc été chargés de traduire cette volonté en propos scientifique. Le résultat est celui d’une exposition thématique, à l’accrochage dense qui rendrait presque exigus les espaces versaillais. Parmi les quelque 300 œuvres réunies s’impose d’abord l’image du roi, construite avec soin par l’administration. Dans sa version officielle, l’iconographie royale a pourtant évolué au fil de l’âge du souverain, du buste à l’élan baroque du Bernin (1665, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et Trianon) au portrait convenu en costume de sacre, immortalisé en peinture par Hyacinthe Rigaud (1702, Paris, Musée du Louvre). Sans oublier l’image allégorique, magnifiquement représentée dans sa version du Roi-Soleil dans le groupe d’Apollon servi par les nymphes de François Girardon et Thomas Regnaudin (1667-1675). Provenant de la grotte de Thétis, située dans le parc du château, la sculpture a fait l’objet d’une restauration lui redonnant sa configuration originelle et d’une dépose à l’intérieur du château.
Pour asseoir le goût du roi, Colbert n’a pas hésité à solliciter les manufactures royales qui produisent alors tapisseries, tapis et autres pièces de mobilier. Deux meubles d’un luxe extrême, constituant les rares témoignages parvenus jusqu’à nous, font ainsi un retour exceptionnel à Versailles. Réalisé en marqueterie de pierres dures, le grand cabinet d’ébène de Domenico Cucci (1677-1682), fabriqué aux Gobelins, appartient aujourd’hui au duc de Northumberland (Grande-Bretagne). Rapidement remisé, comme son pendant, au profit du mobilier d’argent, il a été cédé au milieu du XVIIIe siècle par le Garde-Meuble, tout comme le rare bureau à gradin de Pierre Gole en marqueterie de cuivre et d’étain (1672, collection of the Trustees of the 9th Duke of Buccleuch’s Chattels Fund, Écosse). « Seules les peintures et les sculptures étaient alors inaliénables, précise Alexandre Maral, l’un des commissaires, mais ce n’était pas le cas des meubles à valeur d’usage qui ont été cédés rapidement. La Révolution n’a vendu que du Louis XVI ! » En marge de cette production officielle, le goût du roi s’est aussi porté sur la peinture. Mignard, Le Brun et Poussin sont évidemment convoqués, mais aussi des Italiens, tels Le Dominiquin, ou, plus surprenant, Jacopo Bassano dont l’un des tableaux, L’Adoration des bergers (vers 1575, Fontainebleau, Musée national du château), avait été accroché dans les appartements privés en pendant du Ravissement de saint Paul de Poussin (1649-1650, Paris, Musée du Louvre).

Exhaustivité
Une belle section restitue l’atmosphère des appartements privés où petits bronzes, camées et médailles tenaient une place de choix, tout comme les gemmes – un goût hérité de Mazarin – qui étaient alors présentées sur des consoles devant des panneaux de glace, scénographie reconstituée pour l’occasion. Le reste de l’exposition demeure plus attendu, rappelant que le monarque a été versé dans tous les arts : musique, danse, théâtre, architecture et jardins, goût souligné par la rare présentation des très belles gouaches de Jean II Cotelle (vers 1693), encore conservées au château. Cette exhaustivité laisse toutefois peu de place à une section pourtant passionnante consacrée à l’image du roi telle qu’elle s’est construite en dehors des circuits officiels. Si l’iconographie contrôlée par l’administration royale évolue entre l’image du roi saint, guerrier ou pacificateur, figuré au fil de son âge en Apollon, Alexandre, Hercule, Auguste ou saint Louis, le sujet est parfois traité avec plus de liberté dans les provinces. Devant le parlement de Rennes, un relief de la statue royale exécuté par Antoine Coysevox illustre une scène d’allégeance de la Bretagne qui prend place dans la galerie des Glaces, en marge de toute vérité historique (1692-93, Rennes, Musée des beaux-arts). Pour la ville d’Aix, la statue équestre conçue par Martin Desjardins – connue par un petit bronze (Atlanta, collection Stein) – figure le roi sur un cheval cabré, à l’image de la célèbre statue du Bernin qui avait pourtant déplu au roi… Le propos de l’exposition est donc fort instructif. Hélas, à moins d’être très érudit ou d’avoir digéré la lecture de l’épais catalogue avant la visite, le visiteur ne pourra l’apprécier qu’en écoutant l’audioguide. Les organisateurs n’ont en effet pas jugé bon d’apposer un minimum de cartels explicatifs en contrepoint des œuvres.

LOUIS XIV, L’HOMME ET LE ROI, jusqu’au 7 février 2010, château de Versailles, www.louisxiv-versailles.fr, tlj sauf lundi 9h-18h. Catalogue, éd. Flammarion, 496 p., 450 ill., 49 euros, ISBN 978-2-0812-2809-2

LOUIS XIV, L’HOMME ET LE ROI
Commissaires : Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic, conservateurs au Musée national des châteaux de Versailles et Trianon
Scénographie : Giada Ricci

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°313 du 13 novembre 2009, avec le titre suivant : Louis XIV en amateur

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