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Biographie

Annie Cohen-Solal : « Leo Castelli et les siens »

Le chantre de l’art américain

Le Journal des Arts - n° 312 - 30 octobre 2009

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Annie Cohen-Solal se penche sur la vie de Leo Castellli, l’un des marchands d’art les plus influents du XXe siècle

Leo Castelli fait incontestablement partie du panthéon des marchands d’art du XXe siècle. À la fin des années 1980, le cinéaste Claude Berri avait tourné un formidable entretien avec le galeriste qui avait été diffusé en plusieurs épisodes à la télévision par la Sept, l’ancêtre d’Arte. Dans ce Claude Berri rencontre Leo Castelli (1), le New-Yorkais d’adoption revenait sur sa vie et ses rencontres avec des artistes comme Robert Rauschenberg ou Jasper Johns, dans un dialogue éclairant pour l’histoire de l’art de l’après guerre et l’émergence de l’art américain. Ces propos avaient ensuite fait l’objet en 1990 d’une publication sous la direction d’Ann Hindry. Annie Cohen-Solal revient aujourd’hui sur Leo Castelli avec un volume de plus de 500 pages qui retrace la riche vie de cet homme né le 4 septembre 1907 dans la ville de Trieste, alors important port austro-hongrois. La particularité de ce volume intitulé Leo Castelli et les siens tient justement à tout le travail de recherche mené par l’auteure pour évoquer la famille du célèbre marchand. Elle nous mène jusque dans la Toscane des XVIe et XVIIe siècles, lorsque la famille Castelli s’installe dans le ghetto juif de Monte San Savino. Après s’être penchée sur la famille de sa mère [Leo adoptera le nom de « Castelli » dans les années 1930 seulement, sous la pression des fascistes italiens], Annie Cohen-Solal revient largement sur la vie d’Ernesto Krausz, le père du galeriste. Elle décrit son enfance en Hongrie jusqu’à son ascension sociale dans la banque, à Vienne d’abord puis à Trieste, d’où, après une réussite fulgurante, il sera forcé à l’exil avant de mourir dans la misère pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jeune Leo, qui nourrit une véritable passion pour la littérature, se lance sans enthousiasme dans une carrière dans l’assurance qui le mènera jusqu’à Bucarest. Il y rencontrera sa future épouse, Ileana [qui prendra le nom de « Sonnabend » en secondes noces], fille d’un très riche homme d’affaires qui deviendra le mécène de son gendre.

Après un passage par Paris, c’est surtout aux États-Unis, où le couple débarque en 1940, que Leo va véritablement prendre sa dimension. Ce n’est pourtant qu’en 1957, à l’âge de 50 ans, qu’il ouvre sa galerie. Il y défendra bec et ongles l’art américain, jusqu’à l’obtention par Robert Rauschenberg du Lion d’or à Biennale de Venise en 1964. Cet épisode, souvent considéré comme un tournant dans l’histoire de l’art, est décrit jour après jour dans cette biographie, jusqu’au transport en gondole de trois Combines de Rauschenberg aux Giardini, afin que l’artiste puisse recevoir son prix, conformément au règlement de la manifestation. C’est le triomphe de Castelli, qui présentera ensuite dans sa galerie de New York toute la fine fleur de l’art américain, du pop Andy Warhol aux conceptuels Lawrence Weiner ou Joseph Kosuth. Un destin hors du commun.

Philippe Régnier

Annie Cohen-Solal, Leo Castelli et les siens, éd. Gallimard, collections « Témoins de l’art », 592 p., 33 euros, ISBN 978-2-07-077349-7

(1) éd. Renn, 1990.

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