Villa Mallet-Stevens : le ministère contre-attaque

Dernière chance pour la villa Cavrois

Le Journal des Arts

Le 18 avril 1997 - 391 mots

Réalisation majeure des années trente et dernière commande privée passée à Robert Mallet-Stevens, la villa Cavrois de Croix (Nord) est aujourd’hui proche de la ruine complète, en dépit de son classement en 1991. Face à l’incurie du propriétaire, le ministre vient de décider d’engager l’épreuve de force.

PARIS - L’incurie du propriétaire de ce monument historique devenait telle qu’allait poindre celle de l’administration du Patrimoine, impuissante à stopper ce saccage généralisé. "Le ministre a tranché, annonce, satisfaite, Maryvonne de Saint-Pulgent. Philippe Douste-Blazy a signé récemment un arrêté mettant en demeure le propriétaire d’effectuer des travaux d’urgence afin de sauver ce lieu exceptionnel".

Construite et aménagée par Robert Mallet-Stevens en 1932, dans la banlieue résidentielle de Roubaix, la villa Cavrois a été constamment pillée depuis son achat par le promoteur Gilles Willot, en 1986. Cinq ans plus tard, le directeur du Patrimoine, Christian Dupavillon, obtenait le classement d’office du bâtiment et de son parc. Rien n’y a fait. Le mobilier, dispersé, réapparaît au Salon de Mars en 1992, et dans des galeries parisiennes. "Jusqu’aux radiateurs en fonte, les derniers, que des pillards ont emporté cet hiver, brisant les marbres des escaliers", commente Francis Pilon, inspecteur régional des Monuments historiques, qui a déposé plainte, "symboliquement". Gilles Willot, qui possède cette propriété à travers la SCI Kennedy-Roussel, habite pourtant à proximité. Mais souhaitant lotir le parc et découper le bâtiment en sept appartements, ce promoteur laisse depuis dix ans l’édifice se dégrader à un point tel, souligne Francis Pilon, que "pour limiter le vandalisme, la propriété a été clôturée aux frais du contribuable !" Sur la base des études faites par l’architecte des Monuments historiques, avec l’aval de la Com­mission supérieure, le propriétaire est désormais contraint par l’administration d’engager une première tranche de travaux de mise hors d’air et hors d’eau, évaluée à 3,3 millions de francs. Si Gilles Willot était à nouveau sourd aux injonctions de l’État, ce dernier pourrait se substituer à lui et réaliser ces travaux d’office avec, si nécessaire, l’aide de la force publique. Une telle procédure, rare mais prévue par la loi de 1913, pourrait in fine conduire à l’expropriation et à la vente de la villa afin de couvrir la part du coût des travaux incombant au propriétaire. La restauration globale de la villa Cavroix et de son parc serait évaluée aujourd’hui à 40 millions de francs !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°36 du 18 avril 1997, avec le titre suivant : Villa Mallet-Stevens : le ministère contre-attaque

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque