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L’Ermitage s’offre Amsterdam

Le Journal des Arts - n° 306 - 26 juin 2009

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Sans investir un centime, le musée de Saint-Pétersbourg lance dans la capitale néerlandaise le plus ambitieux de ses projets à l’étranger. 350 000 visiteurs sont attendus dans l’année.

Avec 9 000 m2 de superficie situés au cœur d’un édifice du XVIIe siècle en bordure de l’Amstel, le principal canal d’Amsterdam, le Musée national de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg (Russie) n’a pas fait dans la demi-mesure. Fruit d’une politique lancée dans les années 1990 par Michail Piotrovsky, directeur du musée, qui consiste à essaimer des antennes à l’étranger, ce nouvel établissement néerlandais a pu voir le jour grâce à une belle opportunité foncière. En 1999, la Diaconie de l’Église réformée néerlandaise a en effet accepté de rétrocéder à la Ville d’Amsterdam le prestigieux ensemble de bâtiments de l’Amstelhof. Construit entre 1681 et 1683 dans le style classique hollandais, celui-ci était auparavant occupé par une maison de retraite en voie de déménagement vers un autre site. Les contacts avec les Russes ont pu s’établir dès 1996 grâce à l’entremise d’Ernst Veen. Directeur de la Nieuwe Kerk, un centre culturel logé dans une ancienne église proche du Palais royal, ce dernier avait déjà monté plusieurs expositions temporaires avec l’Ermitage et d’autres musées russes. Moyennant un loyer annuel symbolique – montant : 1 euro –, un bail emphytéotique a ainsi été concédé par la Ville à la Fondation de l’Ermitage sur Amstel, nouvelle structure de gestion de cette antenne autonome. Celle-ci dispose d’un agrément du gouvernement russe d’une durée de vingt ans, qui lui permet d’utiliser le nom et les collections provenant de l’Ermitage mais aussi d’autres musées nationaux russes pour l’organisation d’expositions temporaires. Toutes ces manifestations seront coproduites en partenariat avec la Fondation de la Nieuwe Kerk, dont le directeur pilote le nouvel établissement. Une fois cet accord conclu, l’implantation s’est déroulée en deux temps. En 2004, l’Ermitage a mis un pied dans l’Amstelhof, dans le bâtiment Neerlandia, pour y organiser des expositions. En cinq ans, dix manifestations ont attiré près de 600 000 visiteurs. Puis une seconde phase, plus ambitieuse, a été lancée. Elle aboutit aujourd’hui à l’ouverture de ces nouveaux espaces – après 40 millions d’euros de travaux de rénovation financés en grande partie par des fonds publics néerlandais mais aussi, à hauteur de 13 millions, par les recettes d’une loterie commerciale.
Modifiés au fil du temps, les espaces de l’ancien hospice étaient devenus un dédale de pièces obscures. L’ensemble a été entièrement refondu à l’intérieur de l’enveloppe historique, sous la direction de l’architecte néerlandais Hans Van Heeswijk. Seules quatre salles historiques, présentant un intérêt patrimonial, ont pu être conservées et intégrées au parcours. Ouvert largement sur le canal de l’Amstel, où un débarcadère spécial a été aménagé, l’intérieur de l’ancienne maison de retraite a aujourd’hui retrouvé sa fluidité. Son jardin intérieur est par ailleurs désormais accessible librement.

Un vrai pari
Outre deux grandes nefs d’exposition et une quarantaine de cabinets, l’ensemble abrite également tous les équipements indispensables à un lieu culturel moderne : restaurant, boutique, auditorium, centre d’étude et espace pédagogique pour les enfants. Le lieu n’a pas vocation à devenir une antenne au sens strict du terme, et ne conservera aucune collection propre. Deux ou trois expositions annuelles y seront organisées. Elles s’appuieront, pour le choix des thèmes, sur des œuvres mal représentées dans les collections néerlandaises. La première d’entre elles, inaugurée par les officiels russes et néerlandais le 20 juin, est consacrée à la vie de cour en Russie au XIXe siècle, soit le dernier siècle des Romanov, avant la révolution de 1917. Exceptionnellement, l’exposition se déploie dans l’intégralité des espaces et réunit plus de 1 800 objets, dont plus de 250 costumes, mais aussi de nombreux portraits, le trône de Paul Ier ou encore des pièces de Fabergé. Autant dire que ses organisateurs entendent frapper fort dès l’ouverture des lieux. La programmation prévisionnelle semble également attractive. En 2010 et 2011, l’Amstelhof devrait ainsi accueillir une exposition consacrée à Matisse et Picasso, avec des œuvres issues de la collection moderne de l’Ermitage – enrichie grâce aux saisies des célèbres collectionneurs Chtchoukine et Morozov –, puis une autre consacrée à Alexandre le Grand.
Il faudra néanmoins que les mécènes et le public soient nombreux au rendez-vous. Le budget de fonctionnement de l’établissement devra en effet être couvert pour moitié par les recettes de billetterie – d’où l’entrée à 15 euros –, l’autre par le mécénat. Un vrai pari dans le contexte actuel, d’autant que sur chaque billet, 1 euro sera reversé à la maison mère de Saint-Pétersbourg. Pas moins de 350 000 visiteurs sont donc attendus à Amsterdam pour cette première année d’ouverture, afin que cette aventure ne tourne pas au fiasco financier pour les Néerlandais, principaux bailleurs de fonds de l’opération. Espérons que ce nouvel Hermitage connaîtra davantage de succès que les expériences tentées auparavant à Londres, à la Somerset House, ou encore à Las Vegas en partenariat avec le Guggenheim. Seules deux succursales, d’une ambition moindre, sont encore en activité, l’une à Ferrare (Italie), où il s’agit davantage d’un lieu de recherche, l’autre à Kazan, dans la république du Tartastan (Russie).

Sophie Flouquet

A LA COUR DE RUSSIE

Jusqu’au 31 janvier 2010, tlj 10h-17h, 20h le vendredi, Ermitage Amsterdam, Amstel 51, 1017 AB Amsterdam, www.hermitage.nl

Ermitage Amsterdam

- Architecte : Hans Van Heeswijk
- Scénographie : Merkx Girod Architecten
- Paysagiste : Michael Van Gessel
- Superficie : 9 000 m²
- Coût des travaux : 40 millions d’euros

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