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Louvre-Abou Dhabi

Louvre-Abou Dhabi : ambition confirmée

Les premières acquisitions du musée, qui devrait ouvrir fin 2012, placent haut la barre.

Le Journal des Arts - n° 305 - 12 juin 2009

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Dévoilées lors de la visite officielle de Nicolas Sarkozy dans l’émirat, les premières acquisitions réalisées pour le Louvre-Abou Dhabi placent la barre très haut. Giovanni Bellini, Manet, Ingres et Mondrian seront en bonne place sur l’île de Saadiyat où le musée devrait être inauguré fin 2012.

ABOU DHABI - Cerise sur le gâteau lors d’une visite destinée d’abord à concrétiser des accords militaires et commerciaux, la cérémonie liée à la pose de la « première pierre » du futur Louvre-Abou Dhabi (Émirats arabes unis), organisée le 26 mai dans les luxueux espaces de l’hôtel Emirates Palace, a été honorée de la présence de Son Altesse le général Mohammed bin Zayed al-Nahyan, prince héritier d’Abou Dhabi, et du président français, Nicolas Sarkozy. Ce dernier, accompagné d’une délégation nourrie de ministres, de parlementaires et de chefs d’entreprise, n’a toutefois prononcé aucun discours officiel sur le sujet. Le président s’est contenté d’assister aux cérémonies puis de visiter, au pas de charge, l’exposition illustrant les toutes premières acquisitions effectuées par l’Agence France-Muséums (AFM) pour le compte de l’émirat. De fait, ce concept de musée mettant en exergue un dialogue des cultures est issu d’une vision culturelle avec laquelle Jacques Chirac, prédécesseur de Nicolas Sarkozy, entretenait plus d’accointances. « Cette exposition porte un projet politique très fort, a tenu à rappeler la ministre de la Culture, Christine Albanel. Elle est une preuve que les relations franco-émiriennes ne se limitent pas aux échanges militaires. Elle démontre que le projet du Louvre-Abou Dhabi n’est pas une simple vente de marque mais un concept de musée universel complètement novateur. »
Le chantier de l’île de Saadiyat, qui accueillera le nouveau district culturel, au nord-est de la ville, n’ayant pas encore démarré, l’événement était destiné à célébrer, non une première pierre au sens littéral, mais la « première pierre intellectuelle du projet », comme l’a précisé Laurence des Cars, directrice scientifique du projet au sein de l’AFM. Il s’agissait d’abord de démontrer aux autorités émiraties la capacité des professionnels français à porter ce projet. « Ce partenariat à long terme oblige à se poser la question de ce que l’on met en œuvre dans cette logique de transfert culturel et éducatif, explique Dominique de Font-Réaulx, chargé de la coordination du projet au sein du Musée du Louvre. Tout échec serait catastrophique car ce projet engage la dignité du Louvre. Or son vrai succès se mesurera en 2040. » Soit, selon les termes du contrat, lorsque les musées français se seront retirés du projet.

Efficace vitrine
En confrontant les feuillets d’un coran mamelouk à un Christ souffrant du XVe siècle, l’exposition vise également à faire taire les inquiétudes liées à une éventuelle censure des œuvres. « Cheikh Sultan Bin Tahnoon al-Nayhan [président de TDIC, Tourism Development and Investment Company, société d’investissement qui pilote le développement de l’île de Saadiyat], est membre de la commission d’acquisition et dispose d’un droit de veto, explique l’un des conservateurs responsables du projet. Et lors de la première commission, quand il lui a été demandé s’il souhaitait exercer ce droit, il s’en est amusé. » Décidée en février, cette exposition répartie sur quatre salles de l’hôtel Emirat Palace s’impose comme une efficace vitrine du savoir-faire français. Dans une élégante scénographie signée Jean-François Bodin, sont ainsi présentés les premiers achats destinés à constituer la nouvelle collection de l’émirat, accompagnés de quelques prêts accordés par des établissements français (Musées du Louvre, d’Orsay, Guimet, Quai Branly, Bibliothèque nationale de France). Cette présentation est d’emblée significative du niveau des acquisitions. Ainsi de la célèbre fibule de Domagnano (Ve siècle) – dont le Musée national germanique de Nuremberg (Allemagne) conserve un pendant –, qui a été cédée par le collectionneur américain Ronald Lauder, ou encore de la Tête de Buddha de la dynastie des Qi du Nord (Chine) ayant appartenu à la collection de l’historien de l’art Élie Faure. Deux pièces qui figurent en bonne place dans les manuels d’histoire de l’art. Pour l’équipe de conservateurs, le pedigree sans faille des acquisitions est en effet une condition sine qua non. « Nous devons être irréprochables en la matière souligne Jean-François Charnier, responsable de l’archéologie. Ces acquisitions nous offrent l’occasion de prouver que la constitution d’une collection peut faire l’objet d’un véritable dialogue avec les pays concernés ». Dans ce contexte, aucune antiquité égyptienne n’a encore pu être acquise. En revanche, six pièces, dont un Mondrian de 1922, ont bien été emportées lors de la très médiatique vente Yves Saint Laurent-Pierre Bergé en février, malgré l’échec de l’achat d’un Géricault. Laurence des Cars, par ailleurs spécialiste du XIXe siècle, peut toutefois s’enorgueillir d’avoir réuni, grâce à l’entremise de Guy Wildenstein, deux éléments d’un tableau que Manet avait lui-même découpé et dont une troisième partie appartient à l’Art Institute de Chicago. « Cela montre à quel niveau se situera cette collection », souligne la conservatrice. Ces œuvres auraient-elles eu leur place au Musée d’Orsay ? « Non, répond Laurence des Cars. Orsay est déjà bien pourvu en Manet de cette période, et Guy Cogeval [directeur du musée] m’a confirmé qu’il n’était pas intéressé. » L’équipe scientifique se défend ainsi de priver les musées français d’œuvres dont ils manqueraient. « La logique patrimoniale des collections françaises passera d’abord », insiste Laurence des Cars. Exposées jusqu’en juillet, les œuvres retourneront ensuite à Paris et seront conservées dans une réserve spéciale, où viendront les rejoindre les futures acquisitions, pour un budget annuel de 40 millions d’euros. La liste complète des pièces présentées dans le musée – prêts et achats – sera jointe au quatrième projet scientifique et culturel, prévu pour 2010.
Les autorités émiraties ont semblé satisfaites de ce nouvel acte. « Ce travail relève d’un véritable partenariat, a ainsi rappelé Rita Aoun-Abdo, directrice scientifique du district culturel de Saadiyat au sein de TDIC. Notre stratégie est d’importer une expertise pour créer quelque chose d’unique et de propre à Abou Dhabi. » Des accords avec d’autres musées étrangers pourraient par ailleurs être annoncés prochainement. « Nous souhaitons étendre ce district culturel au-delà de la seule île de Saadiyat », a précisé Rita Aoun-Abdo. Dans cette zone géopolitique à risque, face à la turbulente République islamique d’Iran, le richissime émirat d’Abou Dhabi continue donc à faire le pari de la culture.

Sophie Flouquet

Les 18 premières œuvres acquises pour le Louvre-Abou Dhabi

1 - Amphore à figures noires, Grèce, vers 520 av. J.-C., céramique, attribuée au Peintre d’Antiménès
2 - Bodhisattva debout, région du Gandhara, IIe-IIIe siècle, schiste
3 - Tête de Buddha, Chine du Nord, dynastie des Qi du Nord (550-577), marbre blanc
4 - Section de coran mamelouk, Égypte ou Syrie, second quart du XIVe siècle, encre sur papier, 30 folios
5 - Fibule de Domagnano, San Marin, seconde moitié du Ve siècle, or et grenats
6 - Christ montrant ses plaies, Bavière ou Autriche, vers 1515, bois de tilleul polychrome
7 - Giovanni Bellini, Vierge à l’Enfant, vers 1480-1485, huile sur panneau
8 - Philippe Béhagle, d’après Jean-Baptiste Monnoyer, Jean-Baptiste Belin de Fontenay et Guy-Louis Vernansal, Tenture de l’Histoire de l’empereur de Chine : l’embarquement du prince, manufacture royale de Beauvais, fin du XVIIe siècle-début du XVIIIe siècle, laine et soie
9 - Jean-François de Troy, L’Évanouissement d’Esther, Paris, 1730, huile sur toile
10 - Bartolomé Esteban Murillo, Le Songe de Jacob, vers 1665, huile sur toile
11 - Achilles Hermansreyt, Tour à compartiments, Saint-Empire romain germanique, 1657, ivoire tourné et sculpté, coffret en cuir, ancienne collection YSL-Pierre Bergé
12 - Attribué à Jean Court, d’après une gravure du Maître au Dé tirée de Raphaël, Plat représentant le banquet des Noces de Psyché, Limoges, troisième quart du XVIe siècle, émail peint en grisaille sur cuivre, ancienne collection Givenchy puis collection YSL-Pierre Bergé
13 - Jean Court, dit Vigier, Bassin d’aiguière représentant le Triomphe de Cérès, Limoges, 1558, émail peint en grisaille sur cuivre, ancienne collection Givenchy puis collection YSL-Pierre Bergé
14 - Bassin d’aiguière, Venise, vers 1500, émail polychrome peint sur cuivre, ancienne collection collection YSL-Pierre Bergé
15 - Jean-Dominique-Auguste Ingres, Don Pedro de Tolède baisant l’épée d’Henri IV, 1820, huile sur bois
16 - Édouard Manet, Le Bohémien et Nature morte au cabas et à l’ail, 1861-1862, huile sur toile
17 - Pierre Legrain, Tabouret curule, vers 1929-1925, hêtre teinté à la manière du noyer, ancienne collection YSL-Pierre Bergé
18 - Piet Mondrian, Composition avec bleu, rouge, jaune et noir, 1922, ancienne collection YSL-Pierre Bergé

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