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Restauration

L’Ensba reprend des couleurs

Le Journal des Arts - n° 304 - 29 mai 2009

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La cour du palais des Études, achevée en 1840 par Félix Duban, a retrouvé son éclat.

PARIS - Depuis le départ de sa collection de moulages vers les Grandes Écuries de Versailles, au tout début des années 1970, la vaste cour du palais des Études de l’École nationale supérieure des beaux-arts (Ensba) avait perdu de sa superbe. Les photographies anciennes témoignent en effet de la présence d’une véritable forêt de copies, près d’une centaine au total, soigneusement alignées sous la verrière. S’y trouvaient, pêle-mêle, colonnes du Panthéon, statues équestres et incontournables de la statutaire antique. Les outrages du temps, accentués par les nombreux défilés de mode et autres événements très éloignés des préoccupations de l’enseignement artistique, avaient achevé de dégrader ce vaste espace. Après vingt-six mois de travaux, cet élément clef du programme architectural pour un « musée des études » tel qu’il avait été conçu à l’origine par Félix Duban (1798-1870) a donc retrouvé son éclat et sa polychromie. Menés par l’architecte en chef des Monuments historiques Benjamin Mouton et entièrement financés par le ministère de la Culture (5,2 millions d’euros), les travaux ont concerné la réfection de la structure de la verrière, portée par de minces colonnes de fonte, ainsi que le décor des murs de la cour et des galeries supérieures.

C’est à partir de 1819, année de création de l’école, que l’architecte François Debret – qui cédera rapidement le chantier à son élève Félix Duban – commence la construction de bâtiments spécifiquement dédiés à l’école des beaux-arts, située à l’emplacement de l’ancien couvent des Petits-Augustins. Achevée en 1840, cette cour d’une surface de 800 m², à l’époque à ciel ouvert et au décor entièrement minéral, était destinée à l’étude et à la copie des marbres. Dans les galeries supérieures sont alors installées les copies des Loges du Vatican peintes par Raphaël (1519), exécutées entre 1835 et 1840 par des élèves d’Ingres et de Paul et Raymond Balze à la demande du ministre de l’Intérieur, Adolphe Thiers. Lourdement restaurées au début du XXe siècle, ces toiles marouflées ont été allégées de leurs vernis, les panneaux manquants ayant été repeints, d’après le modèle, par des élèves copistes de l’école. En 1861, Duban prend la décision de couvrir la cour d’une verrière afin de protéger la collection de moulages que l’école vient d’obtenir du Musée du Louvre. Pour accompagner cet ensemble, les parois murales sont alors ornées d’une vive polychromie, inspirée des décors pompéiens, l’architecte étant un fervent défenseur, à l’égal de Charles Garnier, du retour de la couleur dans l’architecture. Ce décor sera achevé par Ernest Coquart (1831-1903) après la mort de Duban, durant la Commune. Installés en 1874, les moulages quitteront l’école après Mai-1968 pour rejoindre les Grandes Écuries de Versailles, où ils sont toujours conservés.

Polychromie surprenante
Parée de nouveau de cette polychromie surprenante, la cour – qui semble bien vide – devra désormais trouver une nouvelle affectation. Si des soirées compatibles avec sa vocation patrimoniale (ce qui n’est pas le cas des défilés) continueront à s’y dérouler afin d’alimenter les ressources de l’école, ce vaste espace servira pour l’organisation de quelques expositions temporaires (œuvres de grandes dimensions, diplômes de fin d’études…). Jusqu’au mois de juillet, c’est la Matrice de Sève, de Giuseppe Penone, enseignant à l’école depuis 1997, qui y a pris place, soit un sapin de 24 mètres de hauteur tranché dans la longueur. Une soixantaine de moulages devraient toutefois revenir de Versailles afin de meubler les socles laissés vides. Faute de budget spécifique pour leur restauration, le programme devrait s’échelonner sur cinq années. Car beaucoup reste à faire pour achever la restauration de l’Ensba dont de nombreux bâtiments font encore pâle figure. Si les façades du quai Malaquais, côté Seine, sont en cours de ravalement grâce au mécénat de la Compagnie de Phalsbourg, la cour du Mûrier, l’amphithéâtre d’honneur et sa grande composition due à Paul Delaroche, La Renommée distribuant les couronnes (1841), mais aussi la chapelle ou l’arc du château de Gaillon, devront attendre patiemment leur tour.

Sophie Flouquet

Exposition de «Matrice de sève», de Giuseppe Penone, jusqu’au 24 juillet, cour vitrée du palais des Études et cabinet des dessins Jean-Bonna, École nationale supérieure des beaux-arts, 14, rue Bonaparte, 75006 Paris, tél. 01 47 03 50 00, www.beauxartsparis.fr, du lundi au vendredi 12-18h. Hors événements, la cour ne sera pas ouverte au public.

Légende photo : L'Ensba © D.R.
photographe : JNL

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