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Directeur des Affaires culturelles

Le Journal des Arts - n° 302 - 2 mai 2009

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Ces professionnels « multicartes » sont chargés de mettre en œuvre le service public de la culture à l’échelle d’une collectivité locale.

On les appelle par leur acronyme : DAC, pour directeur des Affaires culturelles, mais aussi directeur de l’Action culturelle, ou encore directeur du Développement culturel, les appellations variant d’une collectivité à l’autre. C’est en effet dans les années 1970 que quelques grandes villes ont décidé de se doter de compétences en matière culturelle et donc d’organiser des services administratifs dédiés à cette problématique. « Si quelques villes avaient donné un premier coup de pouce auparavant, le vrai mouvement a été lancé à l’issue des élections municipales de 1977 », raconte François Deschamps, DAC du conseil général de Haute-Savoie et membre fondateur du Clidac (Comité de liaison des directeurs d’Affaires culturelles). Depuis, nombreuses sont les autres collectivités à s’être engagées dans cette voie : communes de taille plus modeste, communautés d’agglomération, départements, mais aussi – plus rarement – régions. « Cela alors qu’aucune loi n’a obligé les collectivités à s’investir dans la culture », souligne Jean-Pierre Heintz, DAC de La Rochelle et président de l’Association des directeurs des Affaires culturelles des grandes villes et des agglomérations de France.

Généralistes de la culture
Dans les grandes villes, où le budget culturel avoisine souvent les 13 %, la fonction fait désormais partie du paysage institutionnel. « Au début, ce n’était ni un métier ni une profession, se souvient François Deschamps. Les fonctions culturelles étaient plutôt confiées au chef de service d’une administration. » Les choses ont changé avec la montée en puissance des ambitions des municipalités. « Il a alors fallu s’appuyer sur des gens plus compétents, susceptibles d’organiser des manifestations d’envergure ou d’avoir une vision à l’échelle du territoire », poursuit Jean-Pierre Heintz. S’en est suivie une vague de recrutement de contractuels, alliant connaissance du terrain et compétences en matière culturelle. Ces « généralistes de la culture », comme il se qualifient eux-mêmes, proviennent donc d’horizons très divers : personnalités issues du réseau d’animation « jeunesse et éducation populaire », professionnels de la culture, fonctionnaires territoriaux, anciens fonctionnaires du ministère de la Culture, etc. « Il faut être multicarte et avoir de l’expérience, mais aussi avoir mené sa propre vie culturelle, précise Jean-Pierre Heintz. Le bagage personnel compte beaucoup. » D’où certaines difficultés en matière de recrutement, aucune formation spécifique n’ayant accompagné cette professionnalisation des DAC, qui doivent en outre être dotés de solides connaissances administratives, juridiques, financières, managériales... tout en étant capables de dialoguer avec les professionnels de la culture. Car les missions des DAC sont multiples, comme le précise leur Charte, un texte qui sera bientôt cosigné par leurs organisations professionnelles : « Le DAC propose et met en œuvre une politique culturelle au sein de l’administration territoriale sous la responsabilité du directeur général des services. Il manage une équipe administrative (dans ses missions juridiques, financières et de ressources humaines), parfois une équipe artistique et technique, ou encore des chargés de mission. Il pilote les nouveaux projets, de leur conception à la préparation de leur exploitation. »
Si, longtemps, la tendance en matière de politique culturelle a été de mettre l’accent sur les équipements, les priorités sont aujourd’hui données à la démocratisation de la culture et à son rôle dans la cité, comme facteur de lien social et d’épanouissement de l’individu. Le panel des actions des DAC, « de la proximité à l’international », précise Jean-Pierre Heintz, va donc de la gestion des carrières artistiques à l’événementiel, en passant par l’éducation artistique. Si ces valeurs communes sont partagées par tous les DAC, les réalités divergent en fonction de la taille et de l’engagement des collectivités. « Dans les petites villes, il faut instruire les demandes de subventions, s’occuper de la programmation mais aussi pousser les chaises. Il faut être un peu l’homme à tout faire, explique François Deschamps. C’est épuisant et le turn-over est très important sur ces postes. »
Une constante demeure aussi : celle de la relation aux élus. « C’est la spécificité du métier, poursuit François Deschamps. Le couple élu-DAC doit bien fonctionner pour que les choses avancent. Il faut trouver la bonne distance. Le DAC contribue à la formation de l’élu qui, pour sa part, connaît bien la collectivité. » Avec parfois quelques écueils, lorsque tel élu est aux abonnés absents ou, à l’inverse, lorsque tel autre veut régir ce domaine. Et au risque de l’alternance politique. « On nous demande alors d’être légitimiste, explique Jean-Pierre Heintz. C’est-à-dire de respecter le vote des électeurs, car ce sont les élus qui mènent les politiques publiques, attribuent les finances et communiquent. De notre côté, nous sommes chargés de leur mise en œuvre concrète. » Et de signaler que rares ont été les mises à l’écart à l’issue des dernières élections municipales de 2008. Pour les DAC, l’inquiétude vient plutôt d’ailleurs : du désengagement de l’État qui, à leurs yeux, devrait continuer à donner l’impulsion, à défaut de distribuer des subventions qui s’amoindrissent d’année en année. « Les directeurs régionaux des Affaires culturelles (Drac), qui ont longtemps été la tête de pont, voient les ambitions et la pertinence des collectivités grandir alors qu’eux ne peuvent plus suivre, constate Jean-Pierre Heintz. Personne n’a jamais demandé l’affaiblissement du ministère de la Culture. »

Sophie Flouquet

Formation

Il n’existe aucune formation spécifique pour devenir directeur des Affaires culturelles (DAC) d’une collectivité locale. Les DAC sont, soit des contractuels, provenant d’horizons très divers mais ayant une formation supérieure à la culture, soit des agents statutaires de la fonction publique territoriale. Leur cadre d’emploi peut alors être celui des administrateurs territoriaux, attachés territoriaux, rédacteurs territoriaux, conservateurs territoriaux du patrimoine ou conservateurs territoriaux de bibliothèques. Le Centre national de la fonction publique (CNFPT) réfléchit depuis plusieurs années à la création d’une formation spécifique.

L’Observatoire des politiques culturelles (OPC), établi à Grenoble, propose toutefois un master « Direction de projets culturels », formation professionnelle continue en alternance, diplômante, organisée sur deux années. Elle est destinée aux professionnels de la culture issus des collectivités territoriales et de leurs équipements, des services de l’État (notamment déconcentrés) et du milieu associatif.

Rens. www.observatoire-culture.net

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