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Grands travaux

MUCEM : course contre la montre

Le Journal des Arts - n° 297 - 20 février 2009

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Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée sera bien construit à Marseille. Mais à quel prix ?

MARSEILLE - Nicolas Sarkozy, Christine Albanel, Patrick Devedjian. En quelques jours, courant janvier, les responsables politiques auront été nombreux à se porter au chevet du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). Le coma aura été long : cinq années au cours desquelles le projet de décentralisation du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP) de Paris à Marseille aura été maintenu sous assistance respiratoire grâce à la foi de son directeur, Michel Colardelle. Au total, il aura ainsi fallu dix ans et cinq ministres de la Culture pour lancer ce projet de réinvention du « musée ethnographique du bois de Boulogne. » Les atermoiements de son financement n’auront fait qu’exploser le coût de sa construction : le budget prévisionnel est ainsi passé de 144 millions d’euros en 2004 à 175 millions aujourd’hui. En quelques mois, la donne a donc changé et, désormais, le temps presse. Le projet est en effet placé sous trois auspices : le plan de relance, l’Union pour la Méditerranée (UPM), et surtout le titre de « Capitale européenne de la culture 2013 », dont le Mucem a été l’un des moteurs pour la candidature de la cité phocéenne. Or le moindre aléa du chantier pourrait rendre caduque l’ouverture du musée pour les célébrations de Marseille 2013. Et inaugurer en 2012, avant l’élection présidentielle, permettrait de labelliser le Mucem en tant que projet culturel du mandat de Nicolas Sarkozy.

Un « homme-orchestre »
Le Mucem sera donc construit, mais non sans avoir été amendé, dans son contenu plus que dans son projet architectural. Ce dernier, conçu par le Méditerranéen Rudy Ricciotti, voit ses grandes lignes – pour le moment – préservées. Déjà, lors de ses vœux au monde de la culture, à Nîmes (Gard), Nicolas Sarkozy a évoqué un « musée des arts et civilisation de la Méditerranée », occultant au passage le volet européen du projet. Lapsus ou omission volontaire ? Venue inaugurer le 22 janvier à Marseille les nouveaux bâtiments du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), hébergé jusqu’à présent dans le fort Saint-Jean, Christine Albanel a dévoilé quelques éléments de ce changement de cap. Des modifications qui ont été inspirées par les préconisations du rapport de Stéphane Martin, commandé au président du Musée du quai Branly après l’annonce, à la fin 2007, d’une énième réévaluation du projet. L’affectation du fort Saint-Jean a profondément évolué. Monument emblématique du port de Marseille, le fort devait abriter une médiathèque et une cité des enfants. Las ! Livres et enfants devront céder la place à des espaces destinés aux privatisations et gérés par « des opérateurs privés pour en faire à terme une source de revenus ». Or ce changement d’affectation impose une révision de la programmation du bâtiment neuf, conçu sur le môle J4 et relié au fort par une passerelle. Les superficies d’expositions en seront inévitablement modifiées. L’agence de Rudy Ricciotti n’a pas souhaité commenter cette décision.
La Rue de Valois semble en effet préoccupée par le coût de fonctionnement de ce musée budgétivore, estimé de 10 à 12 millions d’euros annuels. La création d’un établissement public de coopération culturelle (EPCC), qui permettrait d’associer les collectivités au fonctionnement, aurait été évoquée par la ministre. Christine Albanel a ainsi mandaté le préfet de Région pour effectuer un nouveau tour de table. Nul doute que financer un musée national par le biais des collectivités territoriales constituerait une première ! Un administrateur, « homme-orchestre aux compétences les plus diversifiées », selon la ministre – laissant entendre qu’il ne s’agirait pas de son directeur, Michel Colardelle –, devrait être prochainement nommé à la tête d’un organisme de préfiguration. Pour les équipes de construction du musée, mais aussi du centre de réserves (lequel sera situé sur les hauteurs de la ville), il va donc falloir aller très vite. D’autant plus qu’un recours contre le permis de construire a été déposé par une association de riverains. Une goutte d’eau, finalement, étant donné l’ampleur des difficultés qui attendent le Mucem. Espérons que ce ne soit pas au prix du sacrifice de son projet scientifique, dans un scénario qui rappellerait tristement celui de la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris. Soit celui d’une coquille vide.

Sophie Flouquet

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