La France qui gagne

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 3 février 2009 - 486 mots

On a pu l’expérimenter avec la « Force de l’Art » et « Notre Histoire » : la presse étrangère est rarement tendre avec les opérations massues à la gloire de l’art français.

Elle se crispe encore plus lorsque les roulements de tambour s’invitent dans leur pays.
On se rappelle du fiel justifié du vénérable Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) en 2006 à l’occasion de l’opération « Art France Berlin » : « “Je connais ça”, pense-t-on, en voyant la grande exposition berlinoise “Peintures/Malerei” : “It’s Leipzig School” dit une journaliste étrangère après le premier coup d’œil. Un diagnostic, avec lequel on ne s’attire pas beaucoup d’amis. » Et d’asséner le coup de grâce : « “Peintures” est, plus encore que “La Force de l’Art”, une sorte de restauration des “Salons” qui ont vu le jour sous Louis XIV et dans lesquels était présenté l’art officiel de la cour. Le nouveau salon berlinois montre qu’en France, on peint beaucoup, et dans tous les styles possibles et inimaginables et qu’il est bénéfique d’être considéré comme proche de quelques-uns d’entre eux en particulier. […] Tout ceci fait un peu penser aux reprises des grands tubes de rock’n’roll américains par le chanteur français Johnny Hallyday. »
Aussi, l’accueil laudateur des journaux allemands à l’initiative de « Berlin-Paris un échange de galeries », dont le second volet commence à Paris le 6 février, est saisissant. Le Berliner Morgenpost y a consacré sa une, tandis que le FAZ s’est fendu de trois quarts de page pour décrire l’événement. Un extrait du magazine Kunstmarkt est édifiant : « Jusqu’à présent, on entendait volontiers à Berlin que la scène artistique parisienne était endormie et avait perdu son rang international – avec cette exposition, les Parisiens démontrent pourtant leur force et leur vitalité. Et cela, précisément dans la capitale allemande, qui se montre parfois arrogante ». Le site Internet Artnet concluait quant à lui : « Si Berlin développait sa scène artistique avec autant de pragmatisme, il se dégagerait de ces temps de récession une période plus prospère. Apprendre de la France, c’est apprendre à gagner » (sic !).
Ainsi, avant de couper les vannes à l’étranger au profit des actions centralisées depuis Paris, le ministère des Affaires étrangères devrait-il mesurer le travail de fourmi et de sonde mené par certains éléments du réseau culturel. Alors que l’Institut Cervantès ouvre à Francfort, que l’Allemagne a augmenté de 7,5 % les budgets des Goethe Institut, les services culturels à l’étranger font les frais des coupes budgétaires de 8 à 30 % selon les pays, tuant dans l’œuf toute initiative. Un choix étrange lorsqu’on prétend défendre le rayonnement culturel français à l’international. Car, les Saisons culturelles n’auront jamais autant d’impact que la pénétration subtile du tissu professionnel, notamment marchand. Signe des temps, la réception en l’honneur des galeries berlinoises participant à « Berlin-Paris » aura lieu rue de Valois et non dans les lambris du Quai d’Orsay…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°296 du 6 février 2009, avec le titre suivant : La France qui gagne

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