Basserode mis à nu

Une rétrospective éclairante à Villeurbanne

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 5 juin 1998 - 439 mots

Basserode passe souvent pour un artiste imprévisible qui, tel un magicien, sortirait de son chapeau les pièces les plus inattendues à chaque nouvelle apparition. Si l’exposition que vient de lui consacrer le CCC de Tours pouvait confirmer ce jugement superficiel, la rétrospective de Villeurbanne met en lumière la cohérence de ses axes de recherche.

VILLEURBANNE - De retour d’Égypte, Basserode a présenté à Tours, à côté d’Hécatée (le bateau-mémoire), un ensemble de grandes toiles exécutées par des peintres égyptiens d’affiches publicitaires, à partir de photographies et de dessins de ses sculptures et installations. Malgré l’aménagement du centre d’art réalisé par l’artiste, il n’offrait manifestement pas assez de recul au visiteur pour lui permettre d’apprécier pleinement ces réinterprétations quelque peu naïves de son travail.

Nous retrouvons heureusement les œuvres en chair et en os, si l’on peut dire, à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne. Là, cette première rétrospective permet de prendre toute la mesure d’un travail trop souvent castré par une lecture parcellaire. Une œuvre photographique, Sans titre, 1993, située au cœur même de l’exposition, donne d’emblée quelques pistes. Au bout de crayons fixés en éventail sur la carapace d’une tortue, apparaissent des mots révélateurs tirés de têtes de chapitre d’un livre écrit par le critique d’art et écrivain Jean-Louis Poitevin : “Pudeur - Défaire - Porte”, “Chemin - Stoïque - Adapter”, “Mourir - Sentir - Rêver”, “Libre - Vie - Imaginaire”, sans compter avec “Indifférence - Orage - Papillon”. Ce vocabulaire renvoie directement, parfois même de façon littérale, à celui de Basserode. L’imaginaire est par exemple omni­présent, notamment dans ses dernières œuvres où resurgit une inspiration qui prend naissance dans l’art médiéval, dans les gargouilles et les bestiaires. Tel est le cas de Tarasque, faisant référence à un animal fabuleux issu d’une tradition carnavalesque méridionale, ou de Conversations critiques, une performance réalisée le soir du vernissage par huit personnes nues disant, le visage masqué, de courts textes du même Jean-Louis Poitevin.

Cette dernière pièce introduit des corps, mais ici transformés, mutés, contre-nature. “Opinion - Échappée - Homme” scande encore un autre chapitre de l’ouvrage de Poitevin. Reste le verbe, qui rythme de sa plastique certaines œuvres avant de s’évanouir, de se composer et de se recomposer. Reste la musique figée dans ses partitions, attendant peut-être un improbable coup de gong. Reste cette nature qui, seule, semble encore avoir les pieds sur terre. Reste enfin la mémoire qui, combinée à l’imaginaire, produit ici un monde référencé et sensible, pour “rêver et sentir”.

BASSERODE, jusqu’au 14 août, Institut d’art contemporain, Frac Rhône-Alpes, Nouveau Musée, 11 rue Dr. Dolard, 69600 Villeurbanne, tél. 04 78 03 47 00, mercredi 13h-20h, jeudi-dimanche 13h-19h, www.nouveau.musee.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°62 du 5 juin 1998, avec le titre suivant : Basserode mis à nu

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