Ventes aux enchères

ENTRETIEN

Martin Böhm, président de la maison de ventes Dorotheum, Vienne (Autriche)

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2008 - 671 mots

VIENNE / AUTRICHE

« L’art “classique” est notre point fort »

Dans quel contexte avez-vous racheté en 2001 la maison viennoise Dorotheum ?
La maison Dorotheum a été fondée en 1707 par l’empereur Joseph Ier. C’était alors une maison de prêt sur gage et de ventes aux enchères. Son activité s’est ensuite diversifiée vers la vente au détail d’antiquités et de joaillerie. Dorotheum, en son palais de la Dorotheergasse en plein cœur de la vieille ville, fait partie intégrante du patrimoine viennois. Aussi, lorsque l’État autrichien a fait une offre publique de vente en 2001 (pour 70 millions d’euros/1 milliard de shillings autrichiens), j’ai profité de cette occasion unique, avec un groupe d’amis, pour racheter cette institution que nous aimons tous.

Quels changements avez-vous apportés ?
Nous avons d’abord souhaité conserver l’activité de Dorotheum dans son lieu palatial historique (18 000 m2 de superficie totale) et garder l’esprit de « service public » des prêts sur gage. En tant que maison de ventes aux enchères, nous organisons 600 ventes publiques annuelles, mélangeant vacations courantes et de prestige. Par ailleurs, Dorotheum est devenu plus internationale, moins concentrée en Autriche ; nous offrons une marchandise destinée à une clientèle internationale. Après Prague en 1992, Bruxelles en 1996, nous avons ouvert des bureaux de représentation à Munich et Düsseldorf en 2003, à Milan en 2005, Zagreb en 2006, et nous avons une représentante à Paris depuis cette année (1). Début 2009, nous inaugurerons un bureau à Rome. Aujourd’hui, nous importons plus de la moitié des objets que nous vendons aux enchères.

Comment se positionne Dorotheum sur l’échiquier européen des maisons de ventes ?
Avec un chiffre d’affaires en ventes publiques de 125 millions d’euros en 2007 (contre 62 millions d’euros en 2001), nous sommes la première maison de ventes en Europe (hormis les sociétés de ventes multinationales). L’art « classique » est historiquement notre point fort. Nous sommes leaders européens dans les tableaux anciens qui proviennent à 80 % d’Allemagne, d’Italie, des États-Unis… et repartent dans les plus grandes collections mondiales. Les amateurs de tous horizons apprécient nos ventes de design, une spécialité que nous développons depuis une douzaine d’années. En tout, soixante-dix experts se partagent plus de 40 départements. L’art tribal n’en fait pas partie car il n’y a pas de tradition de collection dans ce domaine en Autriche, puisque nous n’avions pas de colonie en Afrique. Nous ne vendons pas non plus d’antiquités classiques ni d’art précolombien parce que le domaine est trop compliqué et la marchandise très sensible.

Qu’est-ce que la Viennaartweek ?
J’ai lancé la Viennaartweek il y a quatre ans, avec l’idée de créer un programme culturel concentré autour d’expositions dans les musées et galeries d’art, de conférences et de rencontres artistiques. La 4e édition a lieu du 17 au 23 novembre, sous la direction artistique de Robert Punkenhofer. Chez Dorotheum, nous présenterons le contenu des ventes de prestige d’art moderne et contemporain, d’Art déco et de design, un ensemble qui sera dispersé la semaine suivante.

Quels en sont les temps forts ?
Parmi une large sélection d’objets, Piazza d’Italia (1960), huile sur toile de Giorgio De Chirico (est. 170 000 euros), en couverture du catalogue de notre vente d’art moderne du 25 novembre, est une œuvre que j’aime particulièrement. Je suis également touché par la féminité et la finesse d’un dessin (vers 1913) de Gustav Klimt représentant une femme les yeux fermés et la tête penchée en arrière (est. 30 000 euros), présenté dans la même vente. Dans celle de design du 27 novembre, figure notamment un bureau plaqué de miroirs de 1932 par Jacques Adnet (est. 35 000 euros), issu des anciennes collections Barbara Gould puis Karl Lagerfeld.

La crise financière vous inspire-t-elle quelques craintes ?
Je suis confiant. La crise aura surtout un impact sur les spécialités qui ont connu des montées spéculatives ces dernières années, telles que l’art contemporain, qui ne représente de 10 % de notre chiffre d’affaires. Donc je pense que Dorotheum sera moins touché que d’autres maisons.

(1) Dorotheum Paris, tél. 06 65 17 69 37.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°291 du 14 novembre 2008, avec le titre suivant : Martin Böhm, président de la maison de ventes Dorotheum, Vienne (Autriche)

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