Biennale

La ville par le biais

Par Christophe Domino · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2008 - 554 mots

« Art grandeur nature » prend la dimension de son département, la Seine-Saint-Denis.

SEINE-SAINT-DENIS - Neuvième du nom, la Biennale du « neuf-trois » a pris cette année des directions qui en confirment la singularité et en confortent le projet. L’initiative soutenue par le conseil général de Seine-Saint-Denis s’est tenue jusqu’en 2004 au parc de La Courneuve, avant de s’ouvrir en 2006 aux institutions d’art contemporain du département. Elle récidive aujourd’hui. Autour d’un thème-titre (« Zones urbaines partagées ») discuté entre les acteurs des différents lieux, l’édition 2008 s’est construite à l’échelle du département, bravant la difficulté de la dispersion géographique. Les lieux engagés ont ainsi conduit leur projet dans un esprit commun quant au calendrier et à certains de ses enjeux, mais aussi avec une autonomie qui leur vaut d’avoir gardé chacun leur spécificité. On pourra, du coup, voir une partie seulement de la programmation sans sentiment d’incomplétude, même si c’est en considérant l’ensemble que la manifestation joue à plein.

D’ici et d’ailleurs
Vingt-trois artistes et groupes d’artistes ont répondu avec, pour la plupart, des productions spécifiques, parmi lesquelles certaines découlent de résidences. La préoccupation urbaine a donné lieu tant à des expositions « indoor » (La Galerie à Noisy-le-Sec, Les Instants Chavirés à Montreuil-sous-Bois), qu’à des projections et événements organisés dans des lieux périphériques ou en extérieur. Les écritures sont multiples, du travail sonore (Ouï/Dire aux Instants) ou filmique issu d’enregistrements de terrain (Christophe Atabekian et Charles de Zohiloff à Pantin) à l’intervention sur site (Kantinka Bock à Noisy, LAb[au] à Saint-Denis, Christian Vialard et Rob Voerman aux Lilas). La diversité de régime des œuvres permet d’échapper au sociologisme et aux bonnes intentions urbaines, dans un souci partagé de l’inscription du travail dans son contexte et de l’action culturelle. Ce travail de fourmi avec les habitants et les scolaires est porté comme une exigence politique autant que par la volonté des politiques. Les propositions parviennent aussi à éviter le « localisme » : les photographies de Lewis Baltz et d’Olivier Mirguet (Les Lilas) apportent des réalités urbaines venues d’ailleurs ; le dispositif de Jérôme Joy, un extrait de paysage planétaire instantané par Webcam interposée (Synesthésie à Saint-Denis). Tandis que Raphaël Zarka prolonge par le film de montage son essai sur le skateboard aux États-Unis, ou qu’il laisse la danseuse Julie Desprairies habiter les architectures publiques des environs.
Sans se faire étouffoir, la mémoire sociale, le quotidien, l’architecture comme utopie avec Antonio Gallego, ou prise à revers avec Lara Almarcegui, Bock ou Vincent Mauger (en prolongement des retours opérés par une ville sur sa propre mémoire, aux Lilas ou à Noisy) sont autant d’accès ouverts aux réalités urbaines. Ces thèmes laissent place aussi au présent : ainsi d’un dispositif ludique destiné aux enfants par Paul Cox (Les Lilas), ou de l’installation de sculpture interactive des LAb [au] à la gare de Saint-Denis. C’est une biennale mûre et intelligente qui se tient actuellement aux portes de Paris

ART GRANDEUR NATURE 2008, ZONES URBAINES PARTAGÉES

Jusqu’au 23 novembre. Porté par le conseil régional de Seine-Saint-Denis et six institutions : Le Forum, Le Blanc-Mesnil ; Espace Khiasma, Les Lilas ; Les Instants Chavirés et Périphérie, Montreuil ; La Galerie, Noisy ; Synesthésie, Saint-Denis (14 autres sites sont associés au parcours). Programmation de performances, projections, rencontres, concerts et visites. Accès libre, renseignements au 01 43 93 75 17,

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : La ville par le biais

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