Portrait

À la mémoire de Van Dyck

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2008 - 762 mots

Le Musée Jacquemart-André, à Paris, consacre une première exposition française au maître flamand souvent cantonné dans l’ombre de Rubens.

PARIS - « Être un des plus grands peintres d’un des plus grands siècles de l’histoire de l’art méritait bien une exposition. » Tel est le postulat du jeune historien de l’art Alexis Merle Du Bourg, auteur de la première exposition monographique française consacrée à Antoon Van Dyck (1599-1641). Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’existe aucun précédent. La dernière monographie rédigée sur l’artiste remonte, en France, à 1883, tandis que les œuvres ont toujours été présentées dans le cadre de manifestations plus larges organisées à la gloire de Rubens : « Rubens et son temps » en 1936 et, par Jacques Foucart, « Le siècle de Rubens dans les collections publiques françaises » en 1977. L’année dernière, une petite présentation au Musée du Louvre rappelait les talents de graveur de Van Dyck. Aujourd’hui, c’est sa peinture qui est à l’honneur à Paris, à travers les portraits qui firent sa renommée. Près d’une quarantaine de portraits ont ainsi été sélectionnés pour évoquer l’ensemble de sa carrière ; on notera l’absence de grands formats, les espaces du musée ne s’y prêtant pas. Véritables réflecteurs de lumière, les tableaux aux puissants vernis ou sous verre ont contraint le musée à un éclairage tamisé et obligent le visiteur à un face-à-face. « Si les Français ont toujours adoré Van Dyck, petit à petit, au XXe siècle, ils se sont dépris de lui, relève Alexis Merle Du Bourg. L’exposition est là pour les aider à retrouver la mémoire et montrer que Van Dyck est l’un des plus grands artistes du XVIIe siècle, à l’égal de Rubens. » Rubens, le maître devenu rival, qui repère les talents de Van Dyck alors que celui-ci est âgé de 17 ans seulement, et le fait entrer dans son atelier. Des études en cours sur Rubens (dans le cadre de la préparation du catalogue raisonné de son œuvre) tendent à prouver que le maître flamand doit plus encore qu’il n’est communément admis à la virtuosité de Van Dyck pour les grandes commandes de la période 1617-1620.

Carrière fulgurante
Les premières toiles réalisées par Van Dyck à Anvers, sa ville natale, témoignent de son génie précoce. L’artiste, qui était sollicité avant même d’avoir été reçu à la guilde des peintres, connut la gloire et la fortune très tôt. Malgré les nombreuses contraintes du genre, Van Dyck a su faire évoluer le portrait, en tirant profit d’un double héritage, celui de Rubens et des maîtres vénitiens du Cinquecento. Un phénomène palpable dès les premiers tableaux tel le Portrait de famille (vers 1620) prêté par l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), scène qui mise sur l’affect liant les personnages entre eux (la sollicitude du père, l’admiration de l’enfant pour ce dernier). Dans son Autoportrait réalisé quelques années plus tard lors du traditionnel séjour en Italie (1621-1627), il se représente en gentilhomme dans une attitude à la fois arrogante et langoureuse. Le parcours montre comment le peintre cherche à atténuer la frontière entre portraits nobles et bourgeois, en élevant ses confrères au-dessus de leur réelle condition sociale. Ainsi des tableaux à l’effigie du graveur Lucas Vorsterman l’Ancien ou de Karel Van Mallery, graveur et éditeur d’estampes. Conscient de ses qualités de portraitiste, Van Dyck a fait graver ses portraits afin qu’ils connaissent une large diffusion. Dans un petit cabinet sont ici réunis une dizaine de dessins destinés à être gravés dont la sélection vaut à elle seule le déplacement. Les dernières toiles sont réalisées dans les années 1630 en Angleterre, alors que Van Dyck devient le peintre de Charles Ier et de sa cour. Il meurt en 1641, seulement un an après Rubens. « Artiste fulgurant et génie précoce, Van Dyck a payé la virtuosité de sa jeunesse. Il lui manque les vingt dernières années qui ont permis à Rubens, Rembrandt ou Vélasquez de se réaliser pleinement », déplore Alexis Merle Du Bourg. Et de rappeler l’occasion manquée de réaliser le décor de la galerie des Tuileries, finalement confiée à Poussin (lequel ne l’achèvera pas). « Van Dyck était pourtant l’homme de la situation. C’est un regret infini, un des rendez-vous ratés de l’histoire de l’art », note encore Alexis Merle Du Bourg. L’historien, qui se défend d’avoir organisé une rétrospective, espère avoir rouvert le dossier Van Dyck en France, dans l’espoir d’un hommage prochain à la mesure de son talent

ANTOON VAN DYCK. PORTRAITS, jusqu’au 25 janvier 2009, Musée Jacquemart-André, 158, bd Haussmann, 75008 Paris, tél. 01 45 62 11 59, www.musee-jacquemart-andre.com, tlj 10h-18h et 21h30 le lundi.

VAN DICK
- Commissaires : Alexis Merle Du Bourg, historien de l’art, et Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du Musée Jacquemart-André
- Nombre d’œuvres : 35 tableaux et 11 dessins

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : À la mémoire de Van Dyck

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