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Art contemporain

Une nouvelle clientèle à la foire de Bâle

Le Journal des Arts - n° 284 - 20 juin 2008

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L’entrée en lice de nouveaux collectionneurs et l’activisme des Européens ont pallié l’absence des acheteurs américains.

BALE - Ceux qui ont attaqué la foire de Bâle par le flanc d’Art Unlimited-Art Statements risquent fort d’en être sortis déçus. Hormis quelques vraies propositions, comme Inside the letter de Julien Audebert, acheté chez Art : Concept (Paris) par la collectionneuse allemande Ingvild Goetz, ou Jean-Pascal Flavien chez Catherine Bastide (Bruxelles), la majorité des Statements portaient mal leur nom. Car les œuvres manquaient précisément de... « propos ». Convoquer Guy Debord ou Elias Canetti ne donne pas toujours une consistance à une pauvreté conceptuelle ou formelle ! On soupçonnerait même certaines galeries de ne pas avoir respecté leurs projets initiaux, tant les stands étaient parfois surchargés de petites pièces « prêtes-à-vendre ».
Moins décevante que l’an dernier, la moisson d’Art Unlimited n’était toutefois pas toujours jouissive. Par leur trop grande proximité, les pièces s’annulaient par moments les unes les autres. Certaines résistaient au parasitage comme l’installation très touffue de Rina Banerjee, vendue par Nathalie Obadia (Paris) à une fondation européenne liée au textile. Ou encore le grand train de Qiu Anxiong, véritable capsule dans le temps faisant défiler l’histoire de la Chine via des films d’archives.
Si ce hall laissait des sentiments mitigés, la foire, elle, brillait d’une rare qualité, à commencer par le stand remarquable de la galerie Esther Schipper (Berlin). Chez Klosterfelde (Berlin), les visiteurs pouvaient se tenir les côtes devant une vidéo hilarante de Christian Jankowski. Pastichant une émission de téléachat, deux animateurs y proposaient une « œuvre » de Liam Gillik accompagnée de son certificat d’authenticité. L’argument de vente ? « C’est un artiste très, très, très connu… Et voilà ce qui peut meubler vos conversations dans les soirées ». Un marchand d’art lambda n’aurait pas dit autre chose ! Dans le secteur moderne, les Nahmad (New York) se sont offerts une image très respectable avec leur exposition muséale des Masonites de Joan Miró. Muséal n’est pas un vain mot, puisque la moitié des œuvres présentées avaient été prêtées par trois institutions, dont le Musée Thyssen-Bornemisza (Madrid) et la Fondation Miró (Barcelone). « Nous leur avons vendu beaucoup d’œuvres par le passé et ils nous soutiennent en retour. Aujourd’hui, aucun musée ne pourrait monter une exposition de Miró ou Picasso sans nos prêts », glissait benoîtement David Nahmad.

Sosies d’œuvres adjugées
Les marchands n’ont pas lésiné sur les prix, de plus en plus prohibitifs, comme les 8 millions de dollars réclamés pour la grande sculpture de Takashi Murakami, dont un exemplaire a été acquis par le cabinet Giraud-Pissarro-Ségalot chez Blum & Poe (Los Angeles). « Comment quelqu’un peut-il encore collectionner quand pour acheter quatre œuvres, il doit dépenser un million d’euros, s’interrogeait le collectionneur américain Hubert Neumann. Cela ne permet pas de garder un engagement sur la durée. » Qu’importe puisqu’un clou chassant l’autre, les marchands ne jurent aujourd’hui que par les nouveaux acheteurs, au premier rang desquels le milliardaire Roman Abramovitch. Espérant harponner d’autres Russes, quelques exposants ont misé sur des clones ou dérivés des highlights des ventes de mai. Christoph Van de Weghe (New York) a vendu un Rothko rouge et jaune de 1968, petit sosie de celui adjugé chez Christie’s le 14 mai. Acquavella (New York) proposait quant à lui un Lucian Freud plutôt croûteux pour 12 millions de dollars, tandis que Marlborough (New York) affichait un triptyque de Bacon pour 80 millions de dollars. À trop vouloir ratisser large, certaines galeries ont succombé aux produits dérivés. Ce fut le cas avec la vidéo intrigante de Javier Téllez intitulée The Blindmen and the elephant chez Peter Kilchmann (Zurich). La version longue de 40 minutes, visible à la dernière Biennale du Whitney Museum (New York), étant réservée pour des institutions, la galerie a édité à 5 exemplaires une version courte de 5 minutes pour 20 000 euros. Elle en a aussi tiré un grand cibachrome à cinq exemplaires, choix d’autant plus critiquable que la vidéo est en noir et blanc...
L’épouvantail d’une crise ayant été évacué lors des ventes de mai, certains clients ont dégainé leurs portefeuilles dès l’ouverture. « C’est parti très fort, comme d’habitude. Il n’y avait pas cette année de biennale ou de Documenta et les gens étaient affamés, en attente », confiait Agnès Fierobe, directrice de la galerie Marian Goodman (Paris-New York). Chantal Crousel (Paris) a cédé une grande voiture truffée d’objets de Thomas Hirschhorn à la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature (Montricher, Suisse), tandis qu’Yvon Lambert (Paris-New York) a vendu sa grande sculpture de George Segal à un Russe. Hormis les immarcescibles Rubell, de la Cruz et Horst, les Américains jouèrent à l’Arlésienne. « D’habitude, dès 11 heures, il y a trente Américains sur le stand, prêts à acheter. Là, il y en avait beaucoup moins, et ceux qui étaient présents, l’étaient plus pour rester dans le coup. Ils sont moins agressifs et attendent que le dollar remonte. Du coup, on a principalement travaillé avec des Européens », indiquait Bellatrix Cochran-Hubert, directrice de la galerie Zwirner (New York). Beaucoup de collectionneurs furent même prudents, voire versatiles. « Le lendemain du vernissage on a eu des annulations des achats de la veille, soupirait Esther Schipper. C’est un peu plus calme, sans être dramatique. » La crise n’est pas d’actualité, mais la frénésie non plus.

Roxana Azimi

Des « off » inégaux

Malgré une mollesse générale, le salon Volta a livré quelques beaux accrochages comme celui de Frank Elbaz (Paris), tout heureux d’avoir vendu une sculpture de Gyan Panchal aux Rubell. Après s’être dégradée ces deux dernières années, la foire Liste s’est légèrement ressaisie. Malgré l’apparent néo-constructivisme de nombreuses œuvres, tout ne respirait pas la rigueur. Mais au moins un certain nombre d’œuvres très moyennes avaient été évacuées. La galerie Schleicher Lange (Paris) s’en est tirée haut la main avec notamment une pièce en miroirs facettés de Timo Nasseri, prise d’assaut par les collectionneurs. Du côté de Design Miami/Basel, le niveau fut très hétérogène malgré des présentations soignées. Si le vintage tenait le haut du pavé, le contemporain laissait terriblement à désirer. Nonobstant quelques belles pièces comme la table grise de Joep Van Lieshout chez Jousse Entreprise (Paris) ou les céramiques de Ron Nagle chez Pierre-Marie Giraud (Bruxelles), la galerie Kreo (Paris) manquait cruellement au paysage. Par ailleurs, la présence de rééditions de Pierre Paulin sur le stand de Perimeter (Paris) a irrité les exposants qui avaient amené des vintages du créateur français. « On a demandé à faire sortir les rééditions, mais la foire ne l’a pas fait. Ces pièces ont leur place au Salon du meuble, pas ici », grinçait Guillaume de Casson (Paris). Pendant que plusieurs exposants arboraient davantage de réserves que de ventes, d’autres faisaient florès. La galerie Yoshii (New York) a cédé le dispositif complet conçu par Tadao Ando autour des porcelaines de Taizo Kuroda à un musée asiatique. De son côté, Carpenters Workshop (Londres) a vendu une Family Lamp de l’atelier Van Lieshout à l’acteur Brad Pitt, tandis que Roman Abramovitch a acheté chez Philippe Denys (Bruxelles) douze pièces scandinaves des années 1950, notamment de Poul Kjaerholm et Grete Jalk. Même si l’arrivée de ces nouveaux acheteurs d’art contemporain profite au design, certains craignent la dépendance progressive du vintage à l’art actuel. « C’est une façon de se fragiliser, s’inquiète Philippe Denys. Le manque d’historicité est dérangeant à un moment où les gens achètent de manière sociale et conventionnelle. »

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