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L’impossible musée ?

Le Journal des Arts - n° 280 - 25 avril 2008

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Plusieurs institutions dévolues au design pourraient voir le jour en France dans les années à venir. Pourtant, si les collectivités locales semblent décidées à s’engager, l’État hésite toujours...

Alors que les projets de musées se sont multipliés au cours des dix dernières années, pourquoi la France n’a-t-elle toujours pas son musée du design, à l’exemple du Design Museum de Londres ? La question mérite d’être posée car si plusieurs lieux traitent du sujet – pour les plus importants d’entre eux, le Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle et le Musée des Arts décoratifs à Paris –, aucun n’est consacré exclusivement à cette discipline. Leurs collections sont parfois pléthoriques, c’est le cas de celle du Fonds national d’art contemporain (FNAC) qui contribue à alimenter le Musée des Arts décoratifs à Paris, mais souffrent de l’exiguïté des lieux d’exposition. La toute récente Cité de l’architecture et du patrimoine n’a pas daigné réserver l’une de ses galeries au design et même la Cité du design de Saint-Étienne (Loire), qui ouvrira en 2009, ne sera pas un lieu muséal (lire l’encadré). En somme, aucune institution hexagonale ne jouit d’une identité « design » forte et surtout n’appréhende la discipline dans toutes ses composantes, privilégiant une logique d’objets de collection. Mais cette discipline connexe, qui touche à la création, mais aussi aux modes de vie et à l’industrie, a-t-elle vraiment sa place dans un musée-mausolée ? Pour Olivier Kaeppelin, délégué aux Arts plastiques, la réponse ne fait aucun doute : « Oui, le design aurait besoin d’un musée, soutient-il, car il existe une véritable culture philosophique du design. C’est un outil auquel il faudrait penser, car ce lieu permettrait de montrer que le design est à la fois en rapport avec l’art, la société et l’industrie. »

Un secteur florissant
Ce secteur économique florissant commence justement à faire l’objet de toutes les attentions des collectivités. Dans un rapport présenté courant avril, Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France, note qu’il génère en Île-de-France un chiffre d’affaires estimé à 2,5 milliards d’euros pour environ 16 000 emplois. Et d’appeler de ses vœux la création d’un Centre francilien du design, inspiré de celui du Rhône-Alpes, partant du constat que « le pays est globalement en retard, car ne s’est pas créée une dynamique nationale malgré l’existence depuis une trentaine d’années d’acteurs de promotion et de diffusion généraliste comme l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI) ou spécialisée comme le VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement). » Son association de préfiguration a été lancée le 17 avril. Ce centre devrait ouvrir près de Bastille, la Région ayant décliné l’offre de la Ville de Paris de l’intégrer au sein de la future Cité de la mode et du design qui peine à trouver un acteur design pour occuper les lieux (lire le JdA n°279, 11 avril 2008). Ce poids économique n’a pas non plus échappé aux limiers du ministère de l’Économie et des Finances. Dans un rapport remis à Bercy en 2007 par un cabinet privé, non rendu public, mais dont les principaux éléments ont été publiés par Design Fax (n°597, 17 décembre 2007), l’une des propositions est très claire : créer un « lieu étendard pour tous les designs » en Île-de-France, dans le cadre d’une « politique de marque nationale à mettre en place ». Le design doit donc avoir sa vitrine, non pour satisfaire le simple amateur, mais tout simplement parce qu’en tant que secteur économique dynamique, il mérite d’être encouragé, quitte à passer par un musée, s’il le faut…
Face à l’échec de plusieurs projets à Paris, dont l’un prévoyait l’installation d’un musée dans l’ancien palais des Colonies finalement dévolu à la Cité nationale de l’immigration, plusieurs lieux ont été incités par le ministère de la Culture à renforcer leur programmation en la matière. Ainsi de la Galerie des Gobelins qui présente désormais, dans le cadre d’expositions temporaires, les collections contemporaines du Mobilier national. Le rapprochement entre le Musée national de la céramique de Sèvres et la manufacture permettra également de faire du site une vitrine de la création céramique. Mais le projet le plus ambitieux est celui qui sera inclus dans le futur « Centre Pompidou-Alma », inspiré de l’une des préconisations du rapport Lombard (2006), et qui viendra se glisser dans les espaces vacants du Palais de Tokyo. Là où plusieurs projets, dont un musée du cinéma, ont déjà avorté. Dédié aux créateurs en France, qui y seront présentés dans le cadre d’expositions monographiques, le lieu ne sera pas exclusivement consacré au design. Mais Catherine Grenier, directrice de l’Association de préfiguration, souhaite lui réserver l’une des quatre galeries d’exposition. « Le design français a un vrai problème de visibilité. Certaines générations fortes, je pense notamment à Matali Crasset ou aux frères Bouroullec, ont été davantage exposées à l’étranger qu’en France », déplore-t-elle. Et de poursuivre : « cet espace ne sera pas un lieu destiné à montrer une collection, mais plutôt un lieu de présentation du design, au sens large, et dans toutes ses composantes : mobilier, design industriel, graphique, numérique, sonore… Le design y sera appréhendé en termes de projet et non d’objet, contrairement à un showroom ». Lancé par Renaud Donnedieu de Vabres en avril 2007, le projet n’a pourtant toujours pas été confirmé par Christine Albanel, alors que les études arrivent à leur terme. Il est estimé à 35 millions d’euros pour une ouverture prévue initialement au second semestre 2010. Son sort devrait être arbitré très prochainement, dans le cadre de la négociation du projet de loi de finances 2009. Mais l’État pourra-t-il laisser encore longtemps inoccupés ces quelque 9 000 m² d’espaces avec vue sur la Seine ? « Maintenant que nous avons ouvert la porte, il serait dommage de la refermer », souligne Catherine Grenier.

Sophie Flouquet

'Cubicles' (*)
© LIN

(*) - Légende visuel : "Cubicles", petites unités temporaires entièrement équipées, installées dans un des bâtiments existant de la Cité du Design, Saint-Etienne.

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