Art et cinéma, un fauteuil pour deux

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 4 février 2000 - 512 mots

L’invention du cinéma, à la fin du XIXe siècle, a ouvert de nouveaux territoires aux artistes, d’autant qu’il est rapidement apparu comme un média moderne et populaire. Du Ballet Mécanique de Fernand Léger, en 1924, à Entr’acte réalisé la même année par Francis Picabia et René Clair, suivis quelques années plus tard des montages surréalistes de Luis Buñuel et Salvador Dalí­ pour Un chien andalou (1929), cette histoire, riche de nombreuses expériences, continue aujourd’hui à s’écrire, de Cécile Fontaine à Douglas Gordon.

“Je veux être une star ! Comme Marilyn Monroe”, avait répondu John Giorno à Andy Warhol, lorsque ce dernier lui avait proposé de le filmer dans son sommeil. Quarante ans plus tard, le poète n’est toujours pas en “haut de l’affiche”, mais les six heures de Sleep ne cessent de stimuler. Andy Warhol revient dans le musée par là où on ne l’attendait pas. Fascination pour le glamour et l’industrie du cinéma, recherches sur le rythme, la répétition et la durée se retrouvent dans de nombreuses œuvres contemporaines, des ralentissements de Douglas Gordon sur Alfred Hitchcock, dans Twenty Four Hour Psycho, ou plus littéralement dans Spleeptalking (1998) de Pierre Huyghe. Ici, l’artiste a recueilli en vidéo les témoignages de John Giorno sur son expérience d’acteur assoupi, empruntant le mode nostalgique du “Que sont-ils devenus ?”. Pourtant, l’économie parallèle, celle du cinéma expérimental dans laquelle s’inscrivaient Warhol, mais aussi Kenneth Anger ou encore Jack Smith, ne s’est en fait jamais éteinte, comme le montre le dynamisme actuel de ses acteurs et l’importance de travaux comme ceux de Matthias Müller ou Cécile Fontaine. Cet art qui explore toutes les potentialités du film, tant au niveau du support, de l’image que du montage, se définit également en termes économiques par l’absence d’exploitation commerciale, à laquelle est préférée une logique associative regroupant des coopératives de cinéastes (Light Cone…) et des structures alternatives (Braquage…), croisant parfois les circuits artistiques institutionnels. C’est justement dans les réseaux de diffusion que peut se situer la frontière entre cette pratique et les œuvres d’art utilisant comme médium le cinéma ou la vidéo. Associée à la télévision, la vidéo constitue d’ailleurs souvent la culture de base d’artistes comme Douglas Gordon, qui semblent irrésistiblement attiré par le 7e art. Tout en réalisant des œuvres qui se réfèrent directement à une culture cinématographique de masse, certains créateurs aspirent aujourd’hui à la réalisation de longs métrages à structure narrative, dans une logique habituelle de diffusion en salles. Des ponts ne cessent d’être lancés entre les disciplines, à l’instar du réseau MK2 qui propose une programmation de vidéos d’artistes dans son “projectcafé” Gambetta, à Paris XXe.

Cependant, l’univers d’origine des artistes (le musée, le centre d’art, la galerie) induit des types de présentation spécifiques des œuvres – pas de séance, une approche immédiate, une installation spatiale, une moindre importance de la narration – qu’ils partagent parfois avec le cinéma expérimental. Ces questions rejoignent celles de la présentation de la vidéo, qui a déserté les moniteurs pour des projections quasi systématiques. Mais au-delà des supports et des réseaux, reste la problématique récurrente de l’image animée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°98 du 4 février 2000, avec le titre suivant : Art et cinéma, un fauteuil pour deux

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