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Interrogations pour les FRAC

La question de la vente de certaines de leurs œuvres à nouveau posée

Le Journal des Arts - n° 274 - 1 février 2008

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Plus que les œuvres de musées, c’est bien celles appartenant aux Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) qui pourraient être concernées par la question de l’aliénation. Le rapport remis le 18 janvier par Jacques Rigaud au ministère de la Culture envisage d’offrir la possibilité aux FRAC de se séparer de certains éléments de leurs collections, en concertation avec les institutions culturelles du territoire et sous réserve de l’accord des artistes.

L’idée développée par Jacques Rigaud, ancien président du FRAC Aquitaine, n’est pas éloignée des reproches récurrents faits à ces institutions qui se seraient éloignées de leur mission d’origine, soutenir la jeune création, au profit d’un dispositif plus muséal. Une critique appuyée aux FRAC dits de « seconde génération », lancés en 2002 par Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture. « Ces lieux sont plutôt conçus comme des centres de ressources, plaide Olivier Kaeppelin, délégué aux Arts plastiques. Les FRAC ne sont pas des institutions monolithiques. Il s’agit au contraire d’un modèle très contemporain qui mise sur les réseaux et des institutions encore jeunes – 25 ans – qui ont permis de tisser des relations solides entre État et régions ». Jacques Rigaud rappelle, en outre, que les collections des FRAC sont peu exposées et souvent pas assez bien conservées.
Reste à savoir quelles pourraient être les pièces concernées. Pourrait-il s’agir du Jeff Koons du FRAC Aquitaine, New Hoover Convertible... (1981/1987), acquis avec intuition en 1988 quand la côte de l’artiste était encore basse ? Une œuvre équivalente de l’artiste a été vendue chez Sotheby’s à New York le 10 mai 2006 au prix de 5,28 millions de dollars (4,382 millions d’euros), soit plus de vingt-cinq années de budget d’acquisition du FRAC Aquitaine (170 450 euros en 2007) ? Claude Mollard qui fut à l’origine de la création des FRAC, en 1981, dénonce cette vision à court terme. Très ouvert sur le sujet, ce dernier n’a pourtant jamais prôné l’inaliénabilité : « Il pourrait y avoir aliénation, sous certaines conditions, pour des œuvres achetées il y a moins de 12 ans, après décision d’une commission. Mais je suis hostile à la vente des joyaux pour éponger les déficits ! » À l’inverse, l’intérêt de la vente d’œuvres secondaires reste à démontrer. Pour Olivier Kaeppelin, « la seule hypothèse envisageable reste l’existence de doublons au sein d’un même fonds. Il faudrait néanmoins que toute une série de conditions soient réunies : contrôle scientifique, cession en accord avec les musées susceptibles d’accueillir les œuvres en dépôt, le tout en évitant de déstabiliser le marché ». La mise en vente d’œuvres jusque-là considérées comme inaliénables, et souvent négociées à des tarifs préférentiels, pourrait avoir des effets dévastateurs sur les côtes des artistes « déclassés ». La suggestion joue en fait sur un vide juridique. Les FRAC sont communément considérés comme étant détenteurs de collections publiques, car achetées avec des ressources publiques. 52,5 % de leurs budgets d’acquisition, en moyenne, sont abondés par la délégation aux Arts plastiques et 38,1 % par les régions. Mais ils sont régis, dans la plupart des cas, par un statut associatif, et ne bénéficient pas du statut protecteur des musées. Juridiquement, leurs œuvres ne sont donc pas inaliénables. « Il n’est pas nécessaire de procéder à un déclassement », confirme Olivier Kaeppelin. Si personne n’avait encore osé remettre en question cette inaliénabilité théorique, la brèche est désormais facile à enfoncer. Mais une fois la saignée autorisée, comment évitera-t-on la grande hémorragie ?

Sophie Flouquet

Jeff Koons
New Hoover convertibles
(1981/1987) - © Sotheby’s

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