Toronto choisit Libeskind

L’agrandissement du ROM est confié à l’architecte américain

Le Journal des Arts

Le 19 avril 2002 - 661 mots

L’architecte américain Daniel Libeskind vient de remporter le concours pour l’agrandissement du Royal Ontario Museum (ROM), à Toronto. Ce dernier espère attirer davantage de visiteurs, même si des voix s’élèvent déjà contre son architecture spectaculaire.

TORONTO (de notre correspondant) - Le projet de Daniel Libeskind pour le Royal Ontario Museum (ROM) est né sur une serviette en papier, mais le résultat, selon les points de vue, conduira soit à la transformation, soit à l’enfouissement de la forteresse historique qui l’abrite aujourd’hui. Pour le programme de développement du bâtiment de Bloor Street, construit il y a quatre-vingt-dix ans, l’architecte américain a imaginé des formes en cristal s’élançant d’une grandiose nouvelle entrée. Ce projet a été préféré à ceux d’une cinquantaine d’agences d’architecture internationales qui ont participé à ce concours pour la renaissance du ROM pour laquelle sont prévus 126 millions de dollars (143,2 millions d’euros).

Autres finalistes du concours, le Turinois Andrea Bruno proposait une adaptation et une expansion du bâtiment attentives aux nécessités des collections, et Bing Thom, de Vancouver, souhaitait construire un immense porche de verre ondulé sur la façade du nouveau bâtiment. Daniel Libeskind avait peut-être un avantage, celui de déjà travailler sur des bâtiments dans la même ville avec Frank Gehry, architecte né au Canada mais vivant à Los Angeles (et actuellement en discrets pourparlers avec l’Art Gallery de l’Ontario, également à Toronto, au sujet d’un projet d’extension).

“Un joyau dans le monde des musées”
Selon Peter Berton, un architecte de Toronto s’exprimant sur le choix du nouvel architecte du ROM, la ville a traversé une mauvaise période, n’aboutissant qu’à des projets de bâtiments très guindés et à de “mauvaises copies de l’architecture moderne”. Selon Larry Richards, doyen du département d’architecture, d’architecture paysagiste et de design à l’université de Toronto, il faut remonter aux années 1950 pour trouver un enthousiasme comparable à celui suscité à Toronto par le projet de Libeskind. La plus grande partie du battage médiatique local autour du ROM peut être attribué au très influent président du musée, William Thorsell, ancien rédacteur en chef du plus grand quotidien de Toronto. Il prévoit pour le musée un accroissement du nombre des visiteurs locaux et des touristes, une fois l’agrandissemnt terminé. “Ces travaux feront du ROM un joyau dans le monde international des musées”, a-t-il déclaré.

Le projet du ROM consistera en l’ajout de plus de 1 300 mètres carrés de nouvelles galeries, qui abriteront des objets comme ceux de la collection canadienne, pour l’instant reléguée au sous-sol du musée. Le ROM est le cinquième plus grand musée d’Amérique du Nord ; il compte près de cinq millions d’objets, dont la plupart sont dans les réserves à cause du manque de place. William Thorsell veut détruire ce qui a souvent été décrit comme des rénovations bâclées, effectuées durant la précédente administration du ROM : “De nombreux attributs architecturaux splendides qui rendaient ces bâtiments si caractéristiques de l’époque de leur construction, comme les hautes et vastes fenêtres élancées, la lumière naturelle, des  plafonds voûtés élevés et de grands espaces ouverts, sont généralement occultés aujourd’hui.”

Peter Berton, spécialisé dans les bâtiments historiques, est moins admiratif. Selon lui, le projet de Libeskind est un travail “en cours” qui n’a toujours pas résolu les aspects “excessifs” des formes de cristal du ROM. Il estime que Libeskind et son mentor Frank Gehry sont les représentants d’une architecture “à grand succès” qui “vise le regard d’un plus large public”, comme le font les films d’action. Gehry a lancé l’idée du bâtiment-sculpture, avec le Musée Guggenheim de Bilbao. Libeskind, qui est plus jeune, perpétue cette tendance avec des projets architecturaux que Peter Berton décrit comme “sombres, sérieux et effrayants”, tels le Musée juif de Berlin et l’Imperial Museum North à Manchester. Au XXIe siècle, “l’architecture de la peur” est ce qui fait vendre les musées, ajoute l’architecte de Toronto. Il soutient qu’a disparu la notion d’un “bâtiment vivant qui respire”, où l’on pouvait “se sentir bien” et “où l’extérieur et l’intérieur ne font qu’un”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°147 du 19 avril 2002, avec le titre suivant : Toronto choisit Libeskind

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