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Stéphan Chenderoff : « Le livre d’art doit bénéficier de la loi de 2003 »

Le Journal des Arts - n° 272 - 4 janvier 2008

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Entretien avec Stéphan Chenderoff, membre du directoire de Cyrus Conseil, conseil indépendant en gestion de patrimoine.

En tant que directeur de Cyrus Conseil, comment vous positionnez-vous par rapport au mécénat culturel ?
Nous sommes une société indépendante de conseil en gestion de patrimoine. Nos clients sont des entrepreneurs PME (petites et moyennes entreprises) et MEP (Moyenne Entreprise Patrimoniale). Dans le cadre de notre métier, l’art occupe une place croissante même si elle demeure mineure par rapport à d’autres actifs. Notre implication dans le mécénat se traduit par deux types d’actions. D’abord, nos bureaux de réception sont ouverts deux à trois fois par an à des expositions d’artistes et de photographes contemporains. Les vernissages permettent de réaliser des ventes auprès de nos clients, et nous achetons aussi des œuvres chaque année pour Cyrus Conseil. Nous fonctionnons avec notre président, Meyer Azogui, par coup de cœur, indépendamment de la valeur marchande de l’œuvre ; nous ne le faisons pas dans un objectif de placement. Nous nous intéressons également au livre d’art. Nous avons ainsi sponsorisé le dernier ouvrage de Diane de Selliers, Le Dit du Genji, illustré par la peinture traditionnelle japonaise (lire le JdA n°271, 14 décembre 2007). Je soutiens son travail depuis trois ans à travers du sponsoring et non du mécénat, la situation ne le permettant pas pour l’instant...

Justement, depuis l’année dernière vous avez constitué un groupe de travail pour réfléchir à la manière de soutenir l’édition de livres d’art. Quelle est précisément votre action dans ce domaine ?
Lorsque Renaud Donnedieu de Vabres était ministre de la Culture, je lui ai fait part de mon étonnement : pourquoi le livre d’art, qui se porte très mal en France, ne bénéficie-t-il pas de la loi sur le mécénat ? Il m’a demandé de lui faire des propositions et je me suis donc attelé à la tâche. J’ai monté une petite équipe, avec des avocats (Anne Pascale Vitale et Rémi Dhonneur), éditeurs et Mijo Thomas, présidente du groupe Art au Syndicat national de l’Édition, et nous nous sommes penchés sur la question. Nous avons commencé à travailler avec le cabinet du ministre à l’automne 2006, puis cela s’est arrêté au moment des élections. Actuellement, je reprends mon bâton de pèlerin avec Christine Albanel, et ce, dès ce mois-ci. Le livre d’art peut être soutenu de deux manières. Dans un premier temps, il faudrait développer le crédit d’impôt recherche (1) culturel pour que tous les frais de fabrication, de recherches iconographiques et artistiques du livre d’art puissent rentrer dans le cadre des nouvelles règles du crédit d’impôt recherche. Aujourd’hui, les maisons d’édition d’art n’ont plus les moyens d’investir. Je suis très heureux que le livre de Diane de Selliers rencontre un tel succès malgré son prix, mais il faut rappeler combien il a été difficile à réaliser. Elle a bénéficié de très peu d’aides. Si elle avait eu le crédit impôt recherche culturel, elle aurait pu baisser le prix de l’ouvrage. Nombre de maisons d’édition renonceraient à un tel projet, parce qu’il comporte un trop gros risque financier. Le crédit d’impôt recherche culturel est une décision du ministère de la Culture qui doit mettre en place les éléments et discuter du budget avec Bercy. Toute la difficulté sera ensuite de définir ce qu’est un livre d’art. Il faudra y travailler avec les professionnels et le ministère de la Culture.

Vous évoquiez aussi la possibilité d’étendre les dispositions fiscales de la loi mécénat 2003 à l’édition d’art...
C’est, à mon sens, la deuxième solution à adopter pour soutenir le livre d’art. Lorsqu’on achète l’œuvre d’un artiste vivant, on bénéficie d’une déduction fiscale de 60 % de la somme versée. Pourquoi cela ne serait-il pas possible avec un livre d’art ? Il faudrait que le livre d’art soit reconnu comme un objet d’art et bénéficie des 60 % de déduction au même titre qu’un tableau. Pour que le livre d’art français ne continue pas à s’écrouler d’année en année, il est indispensable de le faire bénéficier de la loi de 2003 sur le mécénat, à laquelle il suffit de faire un amendement.

La situation devient délicate puisqu’il s’agit d’apporter un soutien non plus à des institutions publiques, type musées ou monuments historiques, mais à des sociétés privées...
Quand j’achète un tableau, l’argent revient à un particulier qui est l’artiste, ce n’est pas une institution. De la même façon, je ne vois pas pourquoi je n’aiderais pas une société privée ? Je crois qu’il faut sortir de ce vieil archaïsme franco-français de ne donner des avantages qu’à des institutions reconnues. Veut-on ou non avoir un marché de l’édition d’art qui survive en France ou veut-on le perdre faute d’acteurs et de projets ?

Vous travaillez étroitement avec les PME. Comment perçoivent-elles et utilisent-elles aujourd’hui la loi mécénat de 2003 ?
Un nouvel univers est en train de s’ouvrir pour les PME. J’ai été frappé par la réussite de l’opération mécénat sur les statues du parc de Versailles, cela a montré que les PME peuvent se mobiliser pour des causes culturelles. Aujourd’hui, elles sont prêtes à s’investir, mais la situation actuelle est trop astreignante. En tant que PME, vous avez le droit à une réduction d’impôt de 60 % de la somme versée, mais ce, dans la limite de 0,5 % de votre chiffre d’affaires. Concrètement, si vous faites 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, cela ne représente jamais que 10 000 euros de budget mécénat culturel possible. Pour un grand groupe, 0,5 %, cela a du sens, beaucoup moins pour une PME. Il faudrait qu’en fonction de la taille du chiffre d’affaires, les PME aient une marge de manœuvre beaucoup plus importante, bien au-delà du 0,5 %. On pourrait aller jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires jusqu’à une limite de chiffre d’affaires à définir, évidemment. Il faut approfondir cette question. Je vois l’appétence qu’ont les patrons de PME pour soutenir les actions culturelles. Il faudrait encore simplifier la loi de 2003, notamment pour les conditions légales de présentation des œuvres, actuellement ingérables pour une PME. L’œuvre doit être exposée dans un lieu accessible au public et pas dans les bureaux du personnel – depuis 2005, le dispositif à toutefois était assoupli puisqu’il est possible de les exposer dans les salles de réunion, couloirs ou cafétérias. Une fois de plus, nous avons à faire à un texte complexe dans son application ; nous avons besoin de simplicité. Pourquoi un tableau ne serait-il pas accroché dans le bureau d’un employé ou d’un responsable ? L’important est de soutenir la création contemporaine ou l’édition d’ouvrages d’art. Il faut adapter le dispositif d’application de la loi à la vie de l’entreprise. Si celle-ci est prête à acheter des œuvres d’art, c’est, évidemment, pour les exposer dans ses locaux ou les offrir à des clients ou partenaires comme les livres d’art. À l’heure actuelle, beaucoup de PME redoutent de prendre un risque fiscal en achetant une œuvre d’art parce qu’elles ont peur de ne pas respecter les conditions. Cela freine la dynamique du mécénat. Par ailleurs, peu de gens connaissent vraiment le champ d’application de la loi sur le mécénat. Il y a encore beaucoup de communication à faire.

(1) Le crédit d’impôt recherche est une aide publique destinée à accroître la compétitivité des entreprises en soutenant leur effort de recherche-développement. Il est la somme de deux composantes : l’une en volume et l’autre en accroissement. La part en volume est égale à 30 % des dépenses de recherche-développement engagées sur une année ; la part en accroissement est égale à 40 % de ces mêmes dépenses, minorée de la moyenne des dépenses de même nature des deux années précédentes. Le plafond du crédit d’impôt recherche est de 10 millions d’euros, au titre de 2006, et de 16 millions d’euros au titre des dépenses de 2007, par entreprise et par an.

Daphné Bétard

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