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Avec la bienveillance des amis

Le Journal des Arts - n° 272 - 4 janvier 2008

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Les sociétés d’amis de musées perpétuent un mécénat à l’ancienne. Elles constituent l’un des rares points de rencontre entre la société civile et les institutions culturelles.

 À l’heure où les musées pratiquent une quête effrénée de ressources de mécénat, quelques associations cultivent encore une philanthropie à l’ancienne, fondée sur la courtoisie et l’échange de bons procédés. Cela pour développer ce que Louis-Antoine Prat, vice-président de la Société des Amis du Louvre, appelle « l’affection sociétaire ». Créées historiquement pour soutenir la politique d’acquisition des musées, les sociétés d’amis continuent aujourd’hui de contribuer à l’enrichissement des collections publiques. Elles constituent pour certains musées un véritable troisième pied. « Les sociétés d’amis ne sont pas d’énormes pourvoyeuses d’argent, précise néanmoins Jean-Michel Raingeard, président de la Fédération française des sociétés d’amis de musées (FFSAM), qui en regroupe trois cents, mais cette forme de mécénat populaire génère de l’argent grâce à son engagement et au temps qu’elles dépensent en faveur des musées. » Les amis contribuent, en effet, au rayonnement de l’établissement et proposent des dispositifs de fidélisation des publics (événements, conférences...), quitte à devenir parfois un peu encombrants. On se souvient des tensions opposant Corinne Diserens, ancienne directrice du Musée des beaux-arts de Nantes, à la société d’amis du musée, hostile à sa programmation d’art contemporain. Celle-ci avait contribué au limogeage de la conservatrice (lire le JdA n°230, 3 février 2006, p. 3). « L’ambiance s’est nettement améliorée entre conservateurs, élus et amis de musée, remarque toutefois Jean-Michel Raingeard. Mais de la part de certains opérateurs culturels, il reste encore beaucoup à faire en matière de reconnaissance de notre action ». Quelques chefs d’établissement refusent encore de travailler avec les sociétés d’amis.

Dons et legs
Au château de Versailles, l’ambiance est loin d’être à couteaux tirés. Les quelque 6 000 adhérents de la Société des Amis de Versailles, qui fête cette année son centenaire, contribuent chaque année aux acquisitions à hauteur de 80 000 à 120 000 euros, uniquement grâce à leurs fonds propres (adhésions, éditions, conférences ou galas gérés par l’association). À cela s’ajoutent les donations exceptionnelles de quelques généreux adhérents qui peuvent s’envoler jusqu’à 200 000 euros. « Les mécènes apprécient la souplesse de notre organisation, explique Clémence de Joussineau, responsable du mécénat des Amis de Versailles. Nous n’allons pas chercher un mécène pour un type d’objet précis. Nous prenons le temps de susciter des rencontres afin de proposer du sur mesure. » De fait, la Société des Amis sert d’appui à la seule personne chargée du mécénat au sein de l’équipe du château et traite aussi bien avec les particuliers qu’avec les entreprises. C’est un esprit assez proche qui règne au sein de la petite Société des Amis du Musée national d’art moderne, où l’on bichonne ses 800 adhérents – que des particuliers. « Nous n’existons que pour le musée », souligne l’une de ses responsables, Marie-Stéfane de Sercey. Depuis 2002, la société a créé un programme spécifique, le « Projet pour l’art contemporain », qui regroupe 46 adhérents privilégiés (ils étaient 17 en 2002). Leurs dons permettent de financer tous les ans des acquisitions (à hauteur de 250 000 euros en moyenne), choisies par les adhérents sur proposition des conservateurs. Un modèle spécifique, proposant une même implication, a également été mis en place à destination des 25-35 ans, tranche d’âge souvent peu représentée chez les adhérents. Enfin, la société a lancé il y a quelques années un gala annuel, très couru dans le milieu de l’art : un dîner du fundraising (collecte de fonds). Sa 4e édition aura lieu au mois de mars et réunira un maximum de 850 happy few s’étant acquittés d’une somme allant de 600 à 850 euros (défiscalisable aux deux tiers) pour avoir le privilège de festoyer au milieu des collections. En 2007, ce dîner a permis l’acquisition d’œuvres d’Adel Abdessemed, Tacita Dean, Daniel Buren et Xavier Veilhan et Huang Yong Ping. Au Louvre, les sommes brassées par la Société des Amis et ses 70 000 membres sont également considérables : en moyenne 3 millions d’euros. L’année 2007 aura néanmoins été moins riche en opportunités et les amis se sont contentés d’offrir une sculpture de Brenet à 450 000 euros et une miniature d’Hilliard à 175 000 euros. « Les suggestions émanent soit des membres du conseil soit des conservateurs, explique Louis-Antoine Prat. Mais nous souhaitons toujours acquérir des œuvres qui correspondent au goût des Amis du Louvre ». De nombreux dons ou legs transitent également chaque année par la Société.

Subtile alchimie
La réussite d’une Société d’amis de musée tient donc à une subtile alchimie qui permet d’établir de bonnes relations avec l’équipe du musée. « On ne peut pas donner à ceux qui ne le veulent pas », confirme Marie-Stéfane de Sercey. Les nouvelles dispositions fiscales en faveur du mécénat ont-elles aiguisé l’appétence de ces milliers de mécènes anonymes ? Pas véritablement. Les particuliers, qui constituent l’essentiel de cette armée secrète d’amis, sont peu concernés par les allégements fiscaux. Mais les professionnels du mécénat chassent désormais sur leurs terres. « La course à l’argent des entreprises françaises a ses limites, prédit Jean-Michel Raingeard. Et ce, pour trois raisons : la concurrence du mécénat humanitaire, la plus grande sécurité fiscale du sponsoring et la composition actionnariale des grandes entreprises françaises. Les étrangers y sont très largement représentés et acceptent mal ce mécénat purement français. Il faut donc faciliter la contribution du citoyen à l’intérêt général ». Louis-Antoine Prat ne dit pas autre chose : « Je crois beaucoup au contact avec les collectionneurs qui sont aujourd’hui les derniers donateurs physiques du Louvre. Ils ont une attitude sentimentale vis-à-vis du musée, alors que les entreprises sont distantes. » Et de conclure : « Pour notre part, nous cultivons l’individu ».

Sophie Flouquet

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