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Entretien

Christine Ollier, galerie Les Filles du Calvaire

« Je pourrais doubler, voire tripler mes prix »

Le Journal des Arts - n° 268 - 2 novembre 2007

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La galerie Les Filles du Calvaire a été créée à Paris en 1996 par Stéphane Magnan, industriel propriétaire de la société Montupet, et Christine Ollier. En 2001, l’enseigne a ouvert une antenne à Bruxelles.

Vous participez au salon Paris Photo depuis sa création. Quel est l’intérêt d’une foire de photo par rapport à celles d’art contemporain ?
Les deux sont complémentaires, et ne touchent pas forcément les mêmes publics. Paris Photo n’est pas n’importe quelle foire de photo, c’est la plus grande. Lorsque Rik Gadella l’a montée, il voulait redonner à la photographie son statut d’art. Mais le salon n’aurait pas tenu sans l’apport des galeries d’art contemporain. Les jeunes générations de collectionneurs ne se dirigent pas forcément vers le vintage.

Pourtant les galeries d’art contemporain ont souvent peiné à vendre à Paris Photo.
Les galeries d’art contemporain ont intérêt à montrer de vrais photographes et non des plasticiens qui utilisent la photographie. Mes artistes comme Paul Graham ou Thibaut Cuisset ont une vraie pensée photographique et marchent très bien sur le salon.

Photo Miami et Aipad Miami qui se dérouleront quelques semaines plus tard peuvent-elles concurrencer Paris Photo ?
Non, Paris Photo est unique. Son succès ne repose pas que sur l’arrivée des collectionneurs américains, mais aussi sur les Allemands, Hollandais, etc. Miami c’est plutôt un grand festival, principalement centré sur le marché américain.

Le marché de la photographie plasticienne continue-t-il à bénéficier du boom du marché de la photographie en général ?
Oui. L’an dernier, sur Paris Photo, j’ai ainsi triplé mon chiffre d’affaires habituel. Je pourrais doubler voire tripler mes prix dans certains cas. Il n’est pas normal que les photos de Karen Knorr vaillent 12 500 euros alors que celles de Candida Höfer se négocient à 60 000 dollars. Mais notre position est délicate. Je ne peux pas trop augmenter les prix, autrement le marché français ne pourrait pas suivre. Si on veut faire respecter nos artistes, il faut les vendre plus cher. Mais si on veut les faire vivre, on ne le peut pas.

Vous êtes l’une des galeries fondatrices de la foire Show Off à Paris. Quel bilan tirez-vous de sa seconde édition ?
Nous avons eu un bon équilibre entre petites et grosses structures, et un parcours plus aéré. Notre grande préoccupation était d’augmenter la qualité en conservant l’aspect convivial, l’écoute et l’accueil. Il faut garder l’éclectisme. Dans toutes les foires, il y a à boire et à manger, et rien ne nous oblige à rester sur la sacro-sainte ligne française de l’art bien pensant. Le tout est d’avoir des galeries sérieuses, investies, favoriser une vraie démarche au-delà de l’aspect marchand.

Pensez-vous exporter la formule à l’étranger ?
Oui, mais pas forcément sous la forme d’une foire. Nous réfléchissons plutôt à une mise en réseau de galeries. Nous allons exporter notre programme vidéo à Photo Miami en décembre et au Cube à Issy-Les-Moulineaux, fin janvier. Nous réfléchissons à la mise en place d’un label Show Off. On pourrait imaginer qu’une galerie Show Off étrangère accueille une fois par an une autre galerie Show Off française, sur le principe de l’événement « Paris Brooklyn » que j’avais organisé voilà quelques années.

La galerie Les Filles du Calvaire a été créée par un industriel, Stéphane Magnan. Généralement, les galeries n’affichent pas le nom de leur financier. Cela vous a-t-il nui ?
Qu’un industriel ouvre une galerie, cela pourrait passer pour une danseuse. On a ramé, mais notre image a évolué. Le tandem nous a donné une visibilité, une puissance de réflexion et de stratégie plus forte.

Quels sont vos projets ?
Nous réfléchissons au fait d’ouvrir une galerie aux États-Unis, en plus ou à la place de celle que nous avons à Bruxelles. Nous avons des artistes importants comme Olivier Mosset, et on ne les vend pas tous les jours à 50 000 euros à Paris. Le marché français est fort, mais seules quelques galeries parviennent à imposer des prix d’un certain niveau.

Pourquoi le marché de Mosset semble-t-il en sourdine par rapport à celui d’un Steven Parrino qu’il a pourtant beaucoup aidé ?
Mosset s’occupe plus de sa peinture que de sa carrière. C’est une légende vivante, alors que Parrino est devenu un mythe depuis sa disparition. Lorsqu’en 2002, nous avions organisé une exposition « Mosset-Parrino », nous n’avons rien vendu. Depuis que Parrino vaut 900 000 dollars, on reçoit tous les jours des coups de fil. Je suis par ailleurs certaine que Mosset ne restera pas encore longtemps à ses prix actuels.

Roxana Azimi

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