Croatie

Une terre sous influence

Le Journal des Arts

Le 30 avril 2004 - 657 mots

Censée offrir un vaste panorama de la Renaissance croate, l’exposition du château d’Écouen déçoit par sa muséographie sommaire et son parcours éparpillé.

 ECOUEN - C’est dans la salle des Armes du château d’Écouen-Musée national de la Renaissance que débute, sans chef-d’œuvre ni œuvre tout court, l’exposition consacrée à la Renaissance en Croatie. Une enfilade de panneaux illustrés plante le décor, dans une mise en scène semblant plus émaner d’un office de tourisme ou d’une mairie que d’un prestigieux musée. Curieusement, le premier panneau est dévolu à la restauration d’un bronze antique aussi spectaculaire qu’étranger au propos de l’exposition. Les textes suivants évoquent l’apparition précoce du style et de la culture renaissante en Croatie. Le pays se montre en effet sensible dès la première moitié du XVe siècle aux innovations qui bouleversent l’autre rive de l’Adriatique. Férus d’humanisme, les hauts dignitaires ecclésiastiques sont à l’origine de réalisations architecturales audacieuses – ainsi de Koriolan Cipiko, qui commande la chapelle du bienheureux Jean à Trogir –, tandis que les riches marchands de Raguse (Dubrovnik) rivalisent de faste dans la construction de grandes villas à l’Italienne. En outre, les échanges artistiques entre les deux pays sont des plus féconds : à l’image du sculpteur Giovanni Dalmata (Jean Duknovic), de nombreux artistes croates vont parfaire leur apprentissage de l’autre côté de l’Adriatique, voire y faire carrière comme le peintre Giorgio Schiavone (Juraj Culinovic). Et, tel le bronzier Michelozzo Di Bartolomeo, plusieurs Italiens quittent la Péninsule à l’appel des mécènes croates.

Jeu de piste
Passé cette introduction, commence pour le visiteur un jeu de piste dont le but consiste à distinguer les œuvres présentées en permanence au château d’Écouen de celles prêtées pour l’occasion. Car, au sein de ce parcours intégré aux collections du musée, seuls de maigres cartels permettent de différencier les objets en présence, du moins lorsqu’ils ne sont pas invisibles pour cause de mauvais éclairage. Dans la salle des Cuirs de Goltzius prennent place des réalisations du sculpteur Francesco Laurana, qui fut, avec Giulio Clovio (né Juraj Kovic), l’un des rares artistes croates de dimension internationale – il travailla notamment pour Alphonse d’Aragon à Naples et pour René d’Anjou en Provence. Son Buste de jeune femme, dont le Musée Jacquemart-André possède une version similaire, montre sa propension à la stylisation et à la géométrisation des formes, mais aussi son traitement tout en finesse du marbre.

L’empreinte de Mantegna
D’origine dalmate, le miniaturiste Giulio Clovio fut surnommé par Vasari le « nouveau et petit Michel-Ange ». Après un séjour en Hongrie, il s’installa à Rome et travailla dans l’entourage des Farnèse. On peut admirer plusieurs de ses dessins dans la chambre de Catherine de Médicis, aux côtés de feuilles de Schiavone et d’un portrait très expressif de l’évêque Thomas Nigris (auteur d’une Histoire des Croates et ardent défenseur de son pays face à l’avancée des armées ottomanes) par Lorenzo Lotto. Concentrant une grande partie des quelque soixante œuvres exposées, la « Grande Salle » clôt dans la pénombre ce parcours semé d’embûches, le visiteur se retrouvant plongé dans une obscurité quasi totale. Émergent de cette nuit muséale plusieurs sculptures remarquables, telle cette Déploration du Christ mort de Nicolas le Florentin (attesté en Dalmatie entre 1464 et 1507), d’une intensité dramatique rappelant Donatello. Du côté des peintures, le Vénitien Vittore Carpaccio, auteur d’un polyptyque (seul le panneau central est ici exposé) pour la cathédrale Sainte-Anastasie de Zadar, entretient des liens de bon voisinage avec les peintres croates présentés à ses côtés, lesquels sont tous marqués de près ou de loin par l’influence italienne. On retrouve ainsi l’empreinte de Mantegna dans l’œuvre de Bernardino Da Parenzo (Bernardin de Porec), actif à Mantoue et Padoue, et celle des frères Crivelli chez Nicolas Bozidarevic, peintre renaissant le plus célèbre de Dubrovnik.

LA RENAISSANCE EN CROATIE

Jusqu’au 12 juillet, Musée national de la Renaissance, château d’Écouen, 95440 Écouen, tél. 01 34 38 38 50, tlj sauf mardi, 9h30-12h45 et 14h-17h45, www.musee-renaissance.fr. Catalogue éditions RMN, 321 p., 45 euros. ISBN 2-7118-4779-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°192 du 30 avril 2004, avec le titre suivant : Une terre sous influence

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