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Rue de Valois

Devoirs de vacances

Le Journal des Arts - n° 264 - 7 septembre 2007

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La lettre de mission adressée par Nicolas Sarkozy le 1er août à la ministre de la Culture égrène les mots d’ordre et cantonne Christine Albanel au rôle de simple exécutante.

Paris - C’est un vrai devoir de vacances, dicté sur un ton cinglant d’instituteur et contresigné par le Premier ministre, que le président de la République a adressé le 1er août à la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel. Preuve s’il en est que le locataire de la Rue de Valois n’est, à l’instar des autres membres du gouvernement, qu’une exécutante de la ligne présidentielle. Cette feuille de route égrène sans détailler les orientations énoncées par Nicolas Sarkozy avant son élection. « Un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, prévient-il, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier. » Vu le ton, une revalorisation du budget de la Culture, dévoilé fin septembre avec la publication de la loi de finances, semble improbable. Le ministère devra plutôt se serrer la ceinture et distribuer autrement ses deniers.

Vœux pieux
La lettre de mission reprend tous les tics de notre hyper-président, comme le goût du chiffre, exploitable médiatiquement, et dont il avait largement usé comme ministre de l’Intérieur. Ainsi exige-t-il des « indicateurs de résultats » avec un premier point dès l’année prochaine. Les vœux sont souvent pieux, et le rythme au pas de charge que veut imposer le chef de l’État n’est guère en phase avec la réalité de la culture. Ainsi sourit-on devant cette formule incantatoire – « vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l’art français » –, comme si Nicolas Sarkozy ignorait que les freins tels le droit de suite et la TVA à l’importation s’arbitrent à l’échelon européen.
Pour montrer « qu’il fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait », le président réitère son souhait d’étendre les dispositifs fiscaux du mécénat aux travaux de restauration, sans toutefois mentionner d’avantages pour les particuliers. Il enfourche surtout le sujet crucial de la démocratisation culturelle. Celle-ci doit passer par l’expérimentation de la gratuité des musées, la création d’un pass culture pour les jeunes, et l’instauration d’un enseignement obligatoire en histoire de l’art. Au passage, le président omet de rappeler que les classes à projet artistique et culturel, lancées en 2002 par Jack Lang et Catherine Tasca, ont été sabordées par la droite… La prose révèle aussi en substance son regret de ne pas avoir pu fusionner les deux ministères de la Culture et de l’Éducation nationale. Aussi voudrait-il que tombe la barrière « qui s’est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères ». En tout cas, la cravache présidentielle a suffisamment fouetté Christine Albanel et le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos pour qu’ils missionnent l’inspecteur général de l’Éducation Nationale Éric Gross à la clarification d’ici le 15 décembre des actions à mener pour la généralisation de l’éducation artistique. Celle-ci passe aussi par une amélioration de l’offre culturelle de France Télévisions, qui doit se distinguer des chaînes privées par « des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute ».
L’équation obscure entre « populaire », tel que l’entend un président qui « aime la chanteuse Chimène Badi à la folie », dixit l’écrivain Yasmina Reza, et « de qualité », préside aussi à l’octroi des aides à la création. Ces dernières, dont on ne sait si elles concernent le spectacle vivant ou les arts plastiques, doivent favoriser « une offre répondant aux attentes du public », ce à quoi devraient veiller de futures commissions indépendantes d’attribution. Les subsides seront-ils donc pendus à l’audimat ?
La réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d’aliéner des œuvres de leurs collections fait plus encore tousser. Malgré un bémol qui ne veut pas dire grand-chose – « sans compromettre naturellement le patrimoine de la Nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux » –, tabous et garde-fous semblent prêts à sauter. Déjà mis sur le tapis par le rapport de Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, ce sujet fait d’autant plus frémir que l’art contemporain est souvent le premier visé dans les scénarios. « Il n’est pas question de mettre en place un plan général de ventes d’œuvres, mais de réfléchir au champ que couvrirait l’aliénabilité », tempère-t-on au ministère. On se fige tout autant lorsque Nicolas Sarkozy se fait le chantre d’une immigration choisie en faveur des « futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers ». Aux autres la misère du monde et à nous les cerveaux ?

Ellipses éloquentes
Si tous les présidents successifs ont souhaité laisser leur marque dans la pierre, l’ambition de notre capitaine se résume à un Centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France et à un Mémorial de la résistance et de la France libre en prévision des 70 ans de l’appel du Général de Gaulle. Rien de très novateur d’autant plus que les projets concernant de Gaulle foisonnent, à commencer par l’Historial de 2 500 m2 actuellement en travaux au Musée de l’Armée, annoncé dès 2004 par Jacques Chirac et dont l’ouverture est prévue pour 2008 ! Ces idées semblent bien chiches pour quelqu’un qui nous confiait avant son élection (lire le JdA n°257, 13 avril 2007) : « si j’étais élu, il faudra en réalité me freiner dans mes idées de nouveaux musées ou de nouveaux espaces de culture et de création, que m’inciter » ! Par ailleurs, la lettre de mission ne dit mot sur le Centre de création artistique de l’île Seguin, qui devrait absorber 100 millions d’euros de l’État, ni sur l’antenne du Centre Pompidou au Palais de Tokyo.
Outre les omissions, le plan d’action n’est pas exempt d’erreurs. Ainsi, évoque-t-il « l’organisation des commandes d’art » en citant entre parenthèses le Fonds national d’art contemporain (FNAC) et les Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC). Nous rappellerons au président que le FNAC et les FRAC ne sont pas chargés des commandes artistiques. Sans doute voulait-il plutôt parler de collection. Enfin, il embarque Christine Albanel sur des territoires qui ne sont pas les siens, comme la reconnaissance des artistes français à l’étranger. Aussi exige-t-il du ministre qu’elle appuie « l’effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre des Affaires étrangères », ou qu’elle étudie « les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l’étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d’influence et de création dans le monde ». On se demande bien avec quelles prérogatives ? ! Au jeu du raccourci et de l’oubli, le président ou ses paroliers cèdent bien souvent à la confusion.

Roxana Azimi & Philippe Régnier

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