Dessin

Une collection s’effeuille

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005 - 629 mots

Le Musée d’art et d’histoire de Genève dévoile pour la première fois son important fonds de dessins français.

 GENEVE - Depuis sa création en 1910, le Musée d’art et d’histoire de Genève a bénéficié de la générosité de ses mécènes et amis. À défaut de mener une véritable politique d’acquisition, le Cabinet des dessins a formé ses collections grâce à de nombreux dons et legs, dont certains ont réservé d’heureuses surprises. « Collections du Cabinet des dessins du Musée d’art et d’histoire » dévoile pour la première fois les plus importantes des 1 300 œuvres françaises conservées par l’institution genevoise. Cette exposition, et le catalogue qui l’accompagne, résultent du travail acharné de Dominique Radrizzani, directeur du Musée Jenisch à Vevey (Suisse), qui a passé plusieurs années à explorer le fonds étranger d’un département particulièrement riche en dessins suisses.
Catalogage, découvertes ou nouvelles attributions, la tâche était titanesque, et c’est en balayant quatre siècles en près de 80 feuilles que le musée présente le résultat de ces recherches. Une approche généraliste et didactique reflète les principales sources des dons faits au musée : le peintre genevois Barthélemy Bodmer (1848-1904) pour l’ensemble du XVIIe siècle et quelques œuvres des XVIIIe et XIXe siècles, le peintre, écrivain et critique d’art lausannois Vassily Photiadès (1902-1975) pour une grande partie de l’ensemble XIXe et XXe, sans oublier le diplomate et archéologue français Jean Pozzi (1884-1967), la Fondation Garengo  (Céligny) et la Société des Arts de Genève.

Scientifique et pédagogique
Chronologique, le parcours de l’exposition démarre avec une Bacchanale (v. 1630) attribuée à l’entourage de Nicolas Poussin et s’achève sur un portrait au fusain d’André Derain. L’accent est mis sur la diversité de l’utilisation de la feuille de dessin. Ainsi, la Bacchanale révèle les modes de diffusion d’une image au XVIIe siècle, époque où de nombreux petits maîtres copiaient des tableaux connus et alimentaient le marché. Les Deux angelots volant de Philippe de Champaigne, une feuille exécutée d’après la toile du même artiste, auraient servi de modèle pour un autre tableau ou une gravure, voire d’argument à destination d’un client potentiel. Ici une étude préparatoire pour une médaille d’Edme Bouchardon, là une esquisse d’Eugène Delacroix d’une lunette pour le salon de la Paix de l’hôtel de ville à Paris (décor parti en fumée en 1871). Le plus fascinant témoignage de travail de recherche nous est livré par Jean Auguste Dominique Ingres. Ce furieux dessinateur, obsédé de la ligne, étudiait la silhouette nue de ses modèles avant de les vêtir. Ainsi la célèbre Vierge du Vœu de Louis XIII de la cathédrale Notre-Dame de Montauban apparaît à la fois dénudée et, dans un recoin de la feuille, avec son enfant dans les bras. Idem pour l’étude du Portrait de la comtesse d’Haussonville de la Frick Collection à New York : le visage vide, seuls sa posture et le drapé de sa robe sont travaillés. À l’inverse, la spontanéité de Pierre Bonnard dessinant une marine au verso d’un courrier estampillé et tapé à la machine, ou le croquis rapide à l’encre brune d’un paysage de Bourgogne par Camille Corot sur une lettre manuscrite sont particulièrement touchants.
Cette exposition s’adresse autant à l’amateur éclairé qu’au visiteur profane, lequel saura tirer partie de la vitrine présentant de manière simple les divers procédés et techniques du dessin : pinceau, encre, pastel, mine de plomb, craie, sanguine, papier bleu de Venise... Si l’ensemble des œuvres est de qualité sans être exceptionnel, le musée le fait ici habilement fructifier, associant découvertes scientifiques et présentation pédagogique.

DESSINS FRANCAIS DES COLLECTIONS DU CABINET DES DESSINS DU MUSEE D’ART ET D’HISTOIRE

Jusqu’au 22 mai, Musée d’art et d’histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève, tél. 41 22 418 33 40, mah.ville-ge.ch, tlj sauf lundi 10h-17h. Catalogue coéd. MAH (Genève)/Somogy Éditions d’art, 192 p., 30 euros pendant la durée de l’exposition.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : Une collection s’effeuille

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