Enquête

Le Dauphin et sa réplique

Le Journal des Arts

Le 24 novembre 2015 - 443 mots

À Fontainebleau, une exposition sur un tableau de Lagrenée l’Aîné confirme le statut des deux œuvres.

FONTAINEBLEAU - Les visiteurs de l’exposition d’automne au château de Fontainebleau vont voir double : à l’œuvre centrale de cette exposition-dossier, une Allégorie à la mort du Dauphin (1767) de Lagrenée l’Aîné (1724-1805), est adjointe une exacte reproduction placée en contrepoint, au terme d’un travail de recherche méthodique.

L’œuvre originale a été choisie comme thème de l’exposition pour évoquer une figure historique peu connue, le Dauphin Louis (1729-1765), fils de Louis XV, mort voici 250 ans dans les murs du château bellifontain. Fils de roi, père de roi, l’historiographie moderne s’est peu intéressée à cette personnalité restée « sur les marches du trône ». Au cours de ses recherches sur l’œuvre de Lagrenée – une toile dans le plus pur style rocaille qui provoqua l’ire de Diderot au Salon de 1767 – la commissaire d’exposition s’interroge sur une œuvre, attribuée au même peintre et portant sur le même thème, apparue en salle de vente en 1990. Retrouvée sur les cimaises du David Owsley Museum of Art (Indiana, États-Unis), la peinture est une exacte version de la première, au centimètre près.

L’original est à Fontainebleau
Si le tableau de Fontainebleau est renseigné sur sa provenance dès l’inventaire après décès de son commanditaire, le duc de la Vauguyon, en 1772, le mystère reste entier sur le tableau américain, non daté et non signé. Il faut donc confronter les tableaux et réunir la paire en France.

Grâce au mécénat de l’institution américaine et de la Société des amis du château de Fontainebleau, l’affaire est rendue possible malgré les budgets serrés de l’exposition. « Le pari était risqué : la possibilité que le tableau de Fontainebleau soit une copie n’était pas inenvisageable », explique Marine Kisiel, commissaire de l’exposition. Une fois passés au crible dans les laboratoires du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), le verdict tombe : si les tableaux sont d’une extrême proximité (palette et pigments identiques, exécution similaire), les repentirs révélés par la radiographie sur le tableau de Fontainebleau n’existent pas sur la version américaine. Dans l’exposition, cette enquête scientifique est mise en avant par un dispositif numérique qui confronte les découvertes du C2RMF et met le visiteur au cœur de l’investigation. Mais le mystère demeure sur le statut de la réplique américaine : œuvre d’atelier ? Réplique autographe ou de la main de Lagrenée le Jeune, frère et élève du premier ? L’histoire de l’art suit son cours.

Le dauphin, l’artiste et le philosophe

Commissariat : Marine Kisiel, conservateur du patrimoine en charge des peintures, château de Fontainebleau
Nombre d’œuvres : env. 50

Le dauphin, l’artiste et le philosophe, autour de l’allÉgorie à la mort du dauphin de lagrenee l’ancien

Jusqu’au 25 janvier, château de Fontainebleau, 77300 Fontainebleau, tlj sauf mardi, 9h30-17h, entrée 11 € (billet couplé avec celui du château), www.chateaudefontainebleau.fr

Légende photo
Louis Lagrenée l'aîné, Allégorie à la mort du dauphin, huile sur toile. © Photo : RMN/Thierry Ollivier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°446 du 27 novembre 2015, avec le titre suivant : Le Dauphin et sa réplique

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