Art moderne

Paris en mal de stars

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2015 - 620 mots

Les ventes ont pâti de l’absence de chefs-d’œuvre, mais ont fait honneur aux surréalistes.

PARIS - Sans œuvres stars, la saison d’art impressionniste et moderne paraît un peu triste. Certes, les résultats d’Artcurial et Sotheby’s – Christie’s ayant avancé sa vente en mars – sont conformes à leurs estimations respectives de 4,6 millions d’euros et 17,5 millions d’euros. Les résultats ne sont pourtant pas si réjouissants.

Premier constat, le nombre d’invendus est assez important : plus de 35 % chez Artcurial et près d’un quart chez Sotheby’s, où une huile de Sisley (est. 750 000-950 000 euros) et un petit bronze de Rodin (est. 600 000-800 000 euros) sont restés sur le carreau. « Cela revêt une certaine logique, ce qui ne se vend pas ne le méritait pas. Il y a un manque d’intérêt pour les choses banales ,» commente Thomas Seydoux, courtier après quinze ans chez Christie’s.

Deuxième constat : la quantité pourrait l’emporter sur la qualité. À l’hôtel Marcel Dassault, où ventes du soir et du jour ont été fusionnées, il a fallu trois fois plus de lots que l’an passé pour arriver presque au même résultat. Rue du Faubourg-Saint-Honoré, l’inflation de lots présentés aux enchères est presque du même ordre mais avec 114 œuvres (contre 68 en 2014), la maison n’a pas atteint son record de l’an dernier. En 2014, le Portrait de Paul Alexandre de Modigliani, adjugé 13,5 millions d’euros avait autant attiré les louanges que dopé le résultat total. Cette année, point de pièce exceptionnelle comparable. Le lot phare était un autoportrait tardif (1965) de Picasso, qui a très largement dépassé son estimation pour atteindre 3,1 millions d’euros. Il faut noter que le surréalisme avait de beaux représentants, couronnés de succès dans les deux opérateurs : chez Sotheby’s, Innervision (1956), collaboration de Roberto Matta et Victor Brauner (723 000 euros) ou la Composition surréaliste d’Oscar Dominguez de 1936 (939 000 euros) et chez Artcurial un intrigant collage de Max Ernst ayant illustré un recueil de Paul Éluard. (448 200 euros).

Spécificités parisiennes
Dans un marché en dents de scie tributaire de l’offre, cette session est un exemple manifeste de la difficulté à trouver des chefs-d’œuvre. Et Paris cumule beaucoup de handicaps. « Il y a peu d’œuvres et beaucoup de ventes à remplir, or le calendrier n’est pas favorable : Paris est coincé entre New York et Londres. Par ailleurs, en France nous avons affaire à des héritiers de grandes collections, aussi le rythme est dicté par les projets successoraux plutôt que par un opportunisme de marché. Enfin, les prix extraordinaires du mois de mai ont pu mettre en tête aux vendeurs que les tableaux valent plus que la réalité », explique  Thomas Seydoux. Ajoutons que la hausse du dollar a pu favoriser les mises en vente à New York et que les collectionneurs préfèrent garder leurs œuvres plutôt que de les échanger contre des liquidités assujetties à l’ISF, et voilà Paris fort peu avantagé. Qu’espérer alors pour cette place de marché ? « Il faut donner une spécificité au marché parisien, plutôt que de répéter Londres et New York, en moindre mesure. Pourquoi ne pas y vendre tous les impressionnistes ? Christie’s a aussi montré en mars que le dessin pouvait être une bonne option. Il y a bien des possibilités », répond Thomas Seydoux.

Note

(1) Les résultats de vente sont indiqués frais compris, tandis que les estimations sont hors frais.

ARTCURIAL
Art impressionniste et moderne, le 2 juin
Résultats : 4,60 M €
Nombre de lots vendus : 75 sur 117
Taux de vente : 64 %

SOTHEBY’S
Art impressionniste
et moderne, le 3 juin
Résultats : 17,50 M €
Nombre de lots vendus : 87 sur 114
Taux de vente : 76 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°438 du 19 juin 2015, avec le titre suivant : Paris en mal de stars

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