Saint-Germain-en-Laye

« À la mode crétoise »

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · Le Journal des Arts

Le 9 décembre 2014 - 449 mots

Le Musée d’archéologie nationale explore, non sans une certaine confusion, la fascination qu’exerça l’art grec auprès du public dès le XIXe siècle.

Saint-Germain-en-Laye - Ils avaient pour nom Ulysse, Agamemnon, Ménélas, Hector, Priam… Narrées par un mystérieux poète aveugle baptisé Homère, leurs aventures résonnaient du fracas des armes, embrasaient l’imaginaire. Il a fallu, cependant, attendre la fin du XIXe siècle pour que renaisse, sous la pioche des archéologues, cette Grèce des origines, si éloignée du siècle policé et rationnel de Périclès…

Dans la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), de larges vitrines tentent ainsi de faire revivre les grandes heures de cette aventure scientifique et humaine que furent les campagnes de fouilles menées à Mycènes, Troie, Cnossos ou Santorin. Destinée à un large public (au premier rang duquel les enfants), l’exposition a donc choisi d’évoquer, entre autres, les figures mythiques des archéologues Henrich Schliemann et Arthur Evans, grâce à des photographies d’époque et des documents inédits. Ainsi, on admirera, non sans une pointe d’amusement, Sophia Schliemann, l’épouse du « découvreur de Troie », arborant en toute innocence les bijoux du « trésor de Priam ». Reproduite à l’infini par les journaux de l’époque, la photographie devait connaître un retentissement considérable…

Ailleurs, de pertinentes citations nous permettent de mesurer combien la découverte de l’art cycladique et de ses fascinantes « idoles » ciselées dans le marbre fut accompagnée de quolibets, pour ne pas dire d’injures ! Enregistrée dans les inventaires du musée comme une « Vénus primitive », une figurine aux bras croisés du type de Spédos avait ainsi été décrite, à l’époque de sa découverte, comme une « représentation grossière due à un artiste indigène »…

Confusion scénographique
Si l’exposition recèle de vraies pépites, elle provoque cependant une certaine confusion… Ainsi, pourquoi avoir parfois juxtaposé, dans une même vitrine, reproductions du XIXe siècle et objets de fouilles ? Certes, il s’agit des galvanoplasties de chefs-d’œuvre mycéniens réalisées, dès la fin du XIXe siècle, par l’artisan d’origine suisse Émile Gilliéron, lequel travaillait, entre autres, pour le compte d’Heinrich Schliemann. Lorsque l’on sait combien le grand public a parfois du mal à distinguer les copies des originaux, l’exercice peut se révéler dangereux…

On se consolera l’œil en admirant, dans la seconde partie de l’exposition, les magnifiques décors de théâtre d’inspiration crétoise ou mycénienne fantasmés par le peintre russe Léon Bakst, les costumes de « bacchantes » signés Paul Poiret ou Mariano Fortuny, les fresques « égéennes » du mythique paquebot Aramis ou, plus proches de nous, les robes d’inspiration « santorine » signées Karl Lagerfield. Face à de telles splendeurs, le visiteur est ébloui, mais quelque peu frustré. À quand une grande exposition sur l’influence de l’art grec au XXe siècle ?

La Grèce des origines, entre rêve et archéologie

Jusqu’au 19 janvier 2015, Musée d’archéologie nationale, château, place Charles-de-Gaulle, 78100 Saint-Germain-en-Laye, tél. 01 39 10 13 00, www.musee-archeologienationale.fr, tlj sauf mardi 10h-18h. Catalogue, éditions de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 224 p., 35 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°425 du 12 décembre 2014, avec le titre suivant : « À la mode crétoise »

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