Héritage

Le surréalisme polonais à la source

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 22 avril 2014 - 460 mots

La Kunsthalle de Mulhouse retrace sans grandes convictions les influences de ce mouvement chez la jeune génération d’artistes polonais.

MULHOUSE - Comme son nom ne l’indique pas, la Kunsthalle est localisée dans une ville française, Mulhouse. Centre d’art contemporain, il présente un aperçu de l’art polonais au XXe siècle. Le choix, selon la commissaire de l’exposition Martha Kirszenbaum, « s’articule autour du surréalisme, retraçant les influences historiques en art (…) de ce mouvement plutôt méconnu ».

Tellement méconnu, qu’on a du mal à voir parmi les œuvres le hasard objectif cher à Breton, l’inquiétante étrangeté freudienne ou la promesse d’un sens caché à déchiffrer derrière le voile des apparences. Seule l’importance du corps, le plus souvent malmené et fragmenté, fait le lien entre ce mouvement né en France après la Grande Guerre et les travaux déployés ici. Ainsi, une dent monumentale de Tomasz Kowalski occupe toute la surface de la toile (Sans titre, Dent, 2012). Ailleurs, des têtes déformées flottent dans un espace non déterminé (Erna Rosenstein, Têtes, 1950). Tumeurs personnifiées (1971) d’Alina Szapocznikow, une effrayante matière informe et gluante, est une des œuvres les plus impressionnantes de cette manifestation. Deux autres sculptures de cette artiste, dont l’histoire tragique est bien connue (une importante exposition des dessins lui a été consacrée l’an dernier au Centre Pompidou) sont montrées à Mulhouse.

Une sélection incohérente d’œuvres
L’itinéraire s’ouvre avec le Juif Polonais Bruno Schulz, peintre et écrivain mythique, assassiné par les nazis en 1942. Dans ses dessins puissants, l’érotisme et la cruauté ont partie liée. Il est donc regrettable que les organisateurs présentent non pas les originaux, mais des reproductions de ce créateur. Une faute d’autant plus gênante que Schulz a comme « voisin » Julian Ziolkowski et son beau monotype aux personnages évoquant immédiatement le trait expressionniste d’un Grosz ou d’un Beckmann (Peuple, 2013). De taille limitée, la manifestation réunit des artistes de différentes générations, sans que leurs rapports soient établis. Le côté sombre des œuvres trahit une conscience de l’historicité, mais sans aucune croyance en la possibilité de reconstruire l’histoire. Tout laisse à penser qu’il ne reste que des histoires à écrire à la première personne. Et, de fait, pour clore le parcours, une œuvre singulière de Tadeusz Kantor, cet immense metteur en scène, fondateur du théâtre expérimental Cricot 2. Il s’agit de la projection de sa pièce emblématique, La Classe morte (1975). Dans ce récit, des vieillards revivent leur jeunesse sur des bancs d’école. L’horreur et le grotesque, l’angoisse et l’humour noir, l’absurde forment une tension permanente, irrespirable.  Ce seul chef-d’œuvre est une raison suffisante pour visiter la présentation offerte par la Kunsthalle de Mulhouse, malgré les limites de l’ensemble.

The night on the great season

Commissaire : Martha Kirszenbaumn, commissaire indépendante
Nombre d’artistes : 7
Nombre d’œuvres : 27

The night on the great season

Jusqu’au 11 mai, Kunsthalle, 16 rue de la Fonderie, Mulhouse 68093, tél. 03 69 77 66 47
kunsthalle@mulhouse.fr
mercredi-vendredi 12h-18h, samedi-dimanche 14h-18h, nocturne jeudi jusqu’à 20h.

Légende photo
Vue de l'exposition « The night of the great season », à la Kunsthalle de Mulhouse avec, en arrière plan : Tomasz Kowalski, Untitled (teeth), 2012, huile sur toile, 220 x 180 cm, courtesy de l’artiste et galerie Carlier Gebauer, Berlin ; au premier plan : Alina Szapocznikow, Tumeur personnifiée, 1971, résine de polyester et photographies, 8,5 x 12,5 x 10 cm, courtesy Succession Szapocznikow et galerie Loevenbruck, Paris. © La Kunsthalle, Mulhouse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Le surréalisme polonais à la source

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