Les jeunes galeries à la manœuvre

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 926 mots

Avec une sélection ample et diverse, les jeunes enseignes qui exposent à la Fiac
promettent quelques rendez-vous à la fois précis et rafraîchissants.

Depuis le rapatriement des galeries autrefois exposées dans la Cour carrée du Louvre, c’est maintenant à l’étage du Grand Palais que le curieux doit flâner pour espérer faire de véritables découvertes à la Fiac. Cette année encore, le programme s’annonce riche et diversifié, à commencer par celui concocté par les dix enseignes retenues pour le prix Lafayette [récompensant le meilleur stand du secteur du même nom], qui toutefois font montre d’une diversité géographique très relative. Elles se trouvent en effet toutes installées en Europe ou aux États-Unis, hormis Rodeo (Istanbul), qui apporte les nouvelles œuvres de  Shahryar Nashat et du Chypriote Christodoulos Panayiotou.
Pour sa première participation à la Fiac, Hunt Kastner (Prague) lève le voile sur une vaste installation multimédia d’Eva Kotatkova ; celle-ci poursuit dans une atmosphère toujours saisissante ses recherches sur le gouvernement des corps et les situations de contrainte sociales imposées par l’institution, les structures éducatives notamment. Attendu également est le projet Sir Thomas Trope d’Aurélien Mole et Julien Tiberi déployé chez Semiose (Paris) : une cimaise rotative dévoile, en fonction de ses mouvements, un accrochage réalisé à l’arrière du stand, tandis que les œuvres accrochées sur cette paroi sont elles aussi mobiles. Une manière de secouer les modes de lecture de l’œuvre et l’expérience d’une foire.

Mythologie contemporaine
Peinture et vidéo sont au programme de Clearing (Brooklyn, Bruxelles), avec l’artiste thaï Korakrit Arunanondchai qui bouscule l’apparition du tableau dont la conception devient éminemment performative, dans une œuvre énergique où est volontairement rendue confuse la distinction entre passé et présent, réel et fiction. Juliette Jongma (Amsterdam) présente quant à elle le film Medea (2013), toute nouvelle production d’Ursula Mayer tournée en Turquie ; à travers une interprétation livrée par le musicien new-yorkais post-punk et queer JD Samson, l’artiste se réapproprie l’histoire de Médée et questionne des frontières devenues floues entre mythologie et monde contemporain à travers la légende de la Toison d’or.
Dans le secteur général, films et vidéos ne sont pas en reste avec, notamment, proposé par Motive (Bruxelles), une œuvre ancienne de Lonnie Van Brummelen, antérieure à la formation de son duo avec Siebren de Haan en 2002. Dans Run Away Films (1997), l’artiste joue à cache-cache dans trois environnements différents, manière d’interroger la répétition d’une action et d’étudier le paysage industriel dans ses angles et recoins. La même galerie expose en outre une œuvre double d’Aurélien Froment, soit la photographie d’une marque sur un arbre à usage des promeneurs et celle d’une verte vallée, l’une et l’autre encadrées dos à dos ; un clin d’œil aux méthodes d’apprentissage de la lecture de l’image développées au XIXe siècle par le pédagogue Friedrich Fröbel.
Le paysage est aussi au programme de Mother’s Tankstation (Dublin) avec les tableaux très frais de Mairead O’hEocha décrivant des « non-lieux » du monde semi-rural irlandais. Ils entrent en dialogue avec des travaux récents d’Uri Aran qui déployent d’autres modes de narration à travers l’évocation des sentiments d’identité, de sentimentalité ou de tristesse.
Sans doute est-il frappant de constater à nouveau à quel point une toute nouvelle peinture, américaine en particulier, tente de s’imposer avec force. Ainsi, sur un stand partagé avec Gio Marconi (Milan), Balice Hertling (Paris) réserve quelques cimaises à la nouvelle coqueluche américaine Sam Falls – que se sont arrachées en quelques mois plusieurs enseignes à travers le monde –, dont la pratique débridée et touche-à-tout va parfois au-delà du tableau.

Superposition de motifs

D’autres expériences picturales sont à glaner ici et là. Chez New Gallery (Paris, New York), Parker Ito dévoile de nouvelles toiles où, tout en délaissant l’impact de l’Internet sur les images, à l’inverse de la génération précédente, il n’en demeure pas moins préoccupé par la manière de lire et de retravailler les images tout en s’interrogeant sur leurs modes de présentation.
Fondée à Anvers mais récemment installé à Bruxelles, en réaction notamment aux troubles politiques qui agitent la Belgique et la Flandre en particulier, Office Baroque – qui montre par ailleurs un film du réalisateur Michel Auder – expose des travaux de Tamar Halpern. Ceux-ci se composent de couches de motifs superposés, imprimés sur de grandes feuilles de papier, qui instillent le doute quant à la nature de l’image, voire à sa technique même. Jessica Silverman (San Francisco) donne, elle, à voir quelques pièces de Dashiell Manley. Si ce dernier travaille lui aussi en partie grâce à la superposition de documents et de fragments de nature diverse, il n’hésite pas à les mettre en scène dans de complexes installations faisant parfois intervenir la vidéo, dans lesquelles apparaissent ces mêmes pièces…

Unissant leurs forces dans un stand commun, Monitor (Rome) et Kadel Willborn (Düsseldorf) convient Francesco Arena, qui vient remettre en scène l’installation performative Onze mille cent quatre-vingt-sept jours élaborée l’hiver dernier pour son exposition au Frac (Fonds régional d’art contemporain) Champagne-Ardenne : une large table de la dimension de celle autour de laquelle se sont tenues les négociations géopolitiques à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, qu’un performeur arpente le temps de couvrir la longueur du mur de Berlin. Parallèlement, Dani Gal se réfère lui aussi à l’Histoire pour aborder, dans un double diaporama, les événements politiques des années 1970 ayant participé de l’élaboration d’une mémoire à la fois collective et subjective. Une histoire subjective explorée chez Parra & Romero (Madrid) par l’Uruguayen Alejandro Cesarco, qui, à l’aide de quelques bribes de textes et des images récupérées, compose un autoportrait possible empli d’influences… qu’il convient peut-être d’évacuer.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Les jeunes galeries à la manœuvre

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