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Pierre et Gilles, peintres sur soi

Le Journal des Arts - n° 263 - 6 juillet 2007

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Avec leur rétrospective au Jeu de paume, Pierre et Gilles sont sous les feux de la rampe dans un accrochage qui joue délibérément la carte du kitsch.

PARIS - Catherine Deneuve, Claude François, Ophélie Winter, Arielle Dombasle, Kylie Minogue, Iggy Pop, Jean Paul Gaultier, Sylvie Vartan, Étienne Daho, Lio, Dita von Teese…, ce name-dropping vous ennuie ? Alors la rétrospective de Pierre et Gilles au Jeu de paume, à Paris, ne devrait pas manquer de vous distraire. Mannequins, chanteurs pop, acteurs et actrices mêlés à quelques anonymes bien faits se superposent à la Sainte Vierge, saint François d’Assise, au Christ, au Dahlia noir, à Marie-Madeleine, Neptune, Krishna, Adonis, Hercule, SkyWalker, Hello Kitty et quelques autres. La mythologie grecque croise le christianisme ; le diable s’acoquine avec l’ange ; Mireille Mathieu voisine avec Nina Hagen ; les militaires font copain-copain avec des Casanova aux fesses rebondies, des gars de la marine en érection et des Hello Kitty paraissant plus naïfs encore qu’à l’accoutumée. Tout est bien qui va pour le mieux dans cette galerie de portraits manichéenne où les cartes de visite défilent à un rythme frénétique. Les ex-fans des eighties habitués aux joyeuseries du Palace et des Bains sont comblés et les « Staracadémiciens » vont pouvoir réviser leurs classiques : la peinture de cour a resurgi et même « refleuri » sur les murs du palais, du musée et de l’institution. Le people, le VIP, la starlette du PAF… se dégrisent du show-bizz et retrouvent leurs lettres de noblesse au cœur du musée que l’on tenait pour le dernier bastion de la réflexion.
Quant à Pierre et Gilles, pour leur consécration, après trente années de loyaux et kitsch services, ils nous servent leurs meilleurs sujets dans une scénographie pastel qui ferait pâlir de jalousie la confrérie des peintres sur soie, la société protectrice des fleurs naturelles, ou éveilleraient les soupçons de la brigade anti-macarons. Les photographies repeintes de Pierre et Gilles se succèdent d’une cimaise pastel à l’autre, d’un parterre de fleurs synthétiques rouges à un champ de fraises artificielles en pots. Ce dans des cadres aux moulures plus meringuées les uns que les autres, encore plus brillants, toujours plus dorés, encore plus pailletés…, jusqu’à l’écœurement. Pierre et Gilles ont sorti la grosse artillerie baroque et n’ont jamais peur d’en faire trop, ce qui les rend extrêmement sympathiques. Ils se sont rencontrés en 1976 et leur pacte amoureux s’est étendu à un contrat de kitscherie organisé : l’un prend la photographie, l’autre la repeint, et l’un dans l’autre, ils font du Photoshop avant l’heure. Le duo n’oublie pas de se célébrer au passage en jouant le jeu de l’autoportrait : le « Double Je » promis dans le titre. Qui est Pierre ? Qui est Gilles ? Comme au tarot, l’un se voit en diable alors que l’autre s’affiche en Mort. Autoportrait à la cigarette, en cosmonaute ou sans visage. On ignore ce que leur peinture cherche à exprimer sinon à exercer une sorte de fascination morbide pour la célébrité. Et alors qu’ils se représentent en présidents de leur propre univers, François Pinault tient lui le rôle flatteur de Nemo, le héros de Vingt Mille Lieues sous les mers. Un capitaine, cela va de soi.
Une impression de déjà-vu vous saisit au fil de l’exposition ? Normal, les photographies retouchées de Pierre et Gilles ont déjà occupé toute la presse des années 1980, 1990 et 2000. Qui sait si ce n’est pas reparti pour un nouveau tour avec un passage par la case musée pour glorifier ce « Bottin mondain ».

Anaïd Demir

« Double je », rÉtrospective Pierre et Gilles (1977-2007)

Jusqu’au 23 septembre, Jeu de paume (site Concorde), 1, place de la Concorde, 75001 Paris, tél. 01 47 03 12 50, tlj sauf lundi, mardi 12h-21h, mercredi-vendredi 12h-19h, samedi-dimanche 10h-19h, www.jeudepaume.org

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