26 sep. - 07 jan. 12-13

Paris

Centre Pompidou - Musée national d'art moderne

Bertrand Lavier

Le Centre Pompidou consacre une rétrospective inédite à l’une des figures incontournables de la scène européenne de l’après-modernisme : Bertrand Lavier. Brassant pas moins de 50 de ses oeuvres, l’exposition révèle les « chantiers » de l’artiste réalisés depuis 1969. Entre humour, paradoxe, absurde et parodie subversive, elle est l’occasion de modeler son regard sur la réalité et de s’extraire des conventions. Quand la banalité se mue en rêve. Quand la « greffe » devient œuvre.

Insolente, la Bocca Bosh (2005) a comme des airs de défi. La lèvre pulpeuse et boudeuse, maquillée de son rouge à lèvres rouge carmin, trône majestueusement, l’air de rien, sur un congélateur blanc grand format. L’artiste précise sa démarche : elle consiste à « prendre deux choses pour en faire une troisième … L’entité obtenue grâce à la greffe vaut toujours plus que la somme de ses parties ». Parfois, il lui arrive de juxtaposer un concept de représentation à une réalité. Parfois, deux mondes - que personne ne peut imaginer destinés à se rencontrer - font l’affaire. Il les greffe l’un à l’autre. Résultat : l’objet initialement caractérisé de sa simple identité, en cumule de multiples.

Si Bertrand Lavier découvre l’art conceptuel rue Bonaparte en 1969 et s’en inspire, l’artiste entend néanmoins le déjouer. Car si le mouvement proclame un accord entre les mots et les choses, pour l’artiste à l’inverse, les mots ne correspondent en rien aux choses. C’est ainsi qu’il révèle sa préoccupation première : remettre en cause les identités.

Bertrand Lavier sait fusionner les mondes, jouer avec les formes et les sens, il parvient également à changer la nature même d’un objet ordinaire du fait d’un simple socle, à l’instar des pièces rencontrées dans les musées d’ethnographie. Ainsi, montés sur une simple tige, Teddy (1994) l’ourson et Chuck Mc Truck (1995) le skateboard s’en trouvent comme « primitivisés ».

Tour à tour dadaïste, pop ou plus conceptuel, l’artiste trompe-l’œil - fuyant catégories et conventions - se plait à cultiver l’audace et l’ambiguïté, déjouant et titillant nos certitudes les plus ancrées sur l’identité de la peinture, de la photographie et de la peinture.

Des goûts cultivés en Bourgogne loin du tumulte élitiste et urbain, il étudie à l’école d’Horticulture de Versailles dans les années 1960, décide à l’occasion « de faire de l’art contemporain », puis découvre l’art conceptuel à Paris galerie Daniel Templon en 1969, pour se voir convier à peine deux ans plus tard, à la 7e Biennale de Paris comme exposant…

Entre peintures industrielles, objets peints, soclés, superposés et accidentés, Bertrand Lavier – également scénographe de sa propre rétrospective - invite le visiteur à se déprendre de ses « principes ». Ainsi, ses cinquante œuvres - installées sur une surface de 1000 m2 par « chantiers » - jonglent avec les codes, techniques et matériaux. De la « greffe » en passant par le « rapport des choses et des mots », il alterne avec le nouveau statut du « ready-made », pour finir avec le « primitivisme » et son appétit pour la « transposition ».

C’est en 1974 qu’il ouvre son premier « chantier » avec notamment quelques « peintures industrielles ». La Mandarine par Duco et Ripolin  (1994) - toile divisée en deux surfaces parfaitement égales - suffit à relativiser la puissance du langage et son adéquation avec le réel.

Mais l’artiste aime aussi à « être distrait » toujours pour mieux s’échapper du réel. En témoigne son Alpha Roméo rouge accidentée complètement fracturée : ladite Guilietta (1993). L’objet usuel et anodin travesti – complété d’une onde de choc émotionnelle – fait désormais office de « ready-made érotique ».

Lavier aime aussi à s’employer aux techniques de l’addition, du croisement et de l’hybridation. Son credo : une œuvre peut rester vivante tant qu’elle peut être l’objet d’une transposition. En témoignent son christ anonyme en bois sans bras ni tête daté de la fin du XXe siècle, ressuscité dans un bronze d’orfèvrerie, ainsi que son piano à queue Steinway & Sons (1987) badigeonné de peinture acrylique.

Avec « Walt Disney Productions 1947-1996 », Lavier fait accéder au statut d’œuvre ce qui n’était jusque-là que décor et fiction en isolant peintures et sculptures qui constituent le décor de la narration. L’artiste y met en évidence les tableaux modernes qui passent habituellement inaperçus dans les décors où évolue le personnage de Mickey.

Enfin, la salle intitulée « Nouvelles impressions d’Afrique » présente des statuettes en bois de civilisation africaine moulées et reproduites en bronze nickelé. « L’artiste brocarde ici la vogue décorative des statuettes africaines ». Là encore, Lavier s’empare de l’objet qu’il délivre de ses origines pour lui coller une renaissance.

Si Lavier figure parmi les grands noms de l’art contemporain, l’artiste tient davantage à son statut d’avant-garde. Plus « indépendant », dira-t-il. Moins labellisé. En cela, il s’inscrit incontestablement comme l’héritier « légitime » de ses premiers amours, ces quelques grands agitateurs du XXe siècle. On citera notamment Marcel Duchamp, Raymond Hains et Francis Picabia. Un mot d’ordre à eux tous : c’est l’artiste qui décide quand « ceci est une œuvre d’art ». Ou pas.

Informations pratiques
CENTRE POMPIDOU - MUSÉE NATIONAL D'ART MODERNE

Place Georges Pompidou
Paris 75004
Ile-de-France
France

Contact
+33 (0)1 44 78 12 33
SITE WEB
http://www.centrepompidou.fr

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