Première rétrospective consacrée à une figure phare du dessin underground, l'exposition Crumb se lit comme un diaporama de la contre-culture américaine.
Bâtie autour des obsessions de Crumb, l'exposition fournit un éclairage utile sur les motivations qui poussèrent l'artiste à créer. Son refus des inégalités sociales s'affirment dès la première salle. A New York dans les années 40, l'artiste croque sur le vif le racisme de la vie quotidienne. En des récits satiriques, repris pour exemple dans «
When the niggers take over america » (Quand les Nègres prendront le pouvoir aux États-Unis), Crumb tente de confronter l'Amérique à ses craintes refoulées. Ce regard acéré se retrouve le long de son œuvre, son trait sombre s’attelant à traquer les travers d'une société aux valeurs desquelles il n'a jamais réussi à adhérer.
A San Francisco dans les années 60, Crumb ironise dans ses bulles sur le comportement
Peace and Love de ses contemporains
hippies. Il met sur pied son propre comix,
Zap, et monte autant de revues que les
yogistes collectionnent les mantras. Bien souvent à numéro unique, ces pièces de collection de la presse underground, fourmillent de personnages aussi iconiques que
Fritz the Cat. Dans ces récits ubuesques, se développent aussi la relation trouble que Crumb entretient avec les femmes, toujours surhumaines en comparaison des hommes frêles qui se tiennent à leurs côtés.
En fin de parcours, une salle entière présente l'ensemble des planches de sa
Genèse illustrée. Publiée en 2009 après quatre ans de travail, ce travail hors-norme reproduit avec un souci de précision millimétrique les péripéties de l'Ancien Testament, peintes de ces aplats noirs qui lui sont si caractéristique.
L’exposition présente plus de 700 dessins, des carnets de croquis consultables, plus de 200 revues
Underground et le célèbre documentaire
Crumb de Terry Zwigoff réalisé en 1994. Son commissariat est organisé par
Fabrice Hergott, directeur du
Musée d'art moderne de la ville de Paris.